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LE ROMAN


QUE LE FOSSE L'ABSORBE
LOUIS DE SPRAGUE, DETECTIVE PRIVE
PATRICK COUTIN

Chapitre I

   

Chapitre II

         

Chapitre III

       

Chapitre IV

           

Chapitre V

       

Chapitre VI

             

Chapitre VII

1
               

CHAPITRE VII (1)

 

"Ils disent que c'est un lundi de pluie,
mais Mardi n'est pas mieux
Mercredi est pire
Et Jeudi si triste
Les aigles volent le vendredi
Et le samedi je sors et je joue
Le dimanche je vais à l'église
je tombe à genoux et je prie"
(Stormy Monday - T. Bone Walker)

Nous étions dimanche, il était onze heures, le soleil brillait fort par les fenêtres de ma chambre et c'est la sonnette de la porte d'entrée qui me réveilla. Je sortais du lit péniblement, et j'allai ouvrir. Blix était devant ma porte, un étui de guitare à la main.
- Monsieur Rivers voudrait que vous gardiez ça, dit-il, en me tendant l'instrument.
Puis il fouilla dans la poche intérieure de sa veste, en retira une enveloppe qu'il me tendit.
- Les avocats de monsieur Rivers ont remis ceci pour vous.
Je prenais le tout, Blix se retourna et s'en fut, sans un mot, comme l'ombre qu'il était.
Linda Zimmerman était réveillée, assise sur mon divan, enroulée dans ma couverture.
- Comme amant, vous vous posez un peu là... Qu'est-ce que c'est ?
- Vous pouvez parler... Blix m'envoie ça, de la part de Rivers.
Je posais l'étui sur la table et je l'ouvrais. Il contenait une très belle guitare acoustique qui ressemblait comme une soeur à celle que j'avais vue chez Linda Zimmerman.
- C'est celle qui était chez vous ?
- Non. Frank en avait fait fabriquer deux, identiques. A l'exception de l'inscription sur le manche. Celle-ci s'appelle Blue Bird. Celle qui est chez moi n'a pas de nom... Qu'est-ce que ça veut dire ?
- C'est une sorte de cadeau. Je pense que Rivers veut exprimer quelque chose...
- Et ça ? me fit-elle en regardant la lettre.
- On va voir...
J'ouvrais l'enveloppe, qui n'était pas cachetée. Elle contenait une simple feuille de papier, à moitié couverte d'une écriture souple et régulière. La lettre était signée de Mark Rivers et portait la date du jour de l'enterrement de Nancy Blondel.
" Je soussigné Mark Rivers, déclare avoir assassiné, par jalousie, Nancy Rivers-Blondel, mon épouse le dimanche 7 août. Je regrette mon acte."
Je tendais la feuille à Linda Zimmerman. Elle la lut, devint très pâle, me la rendit et dit simplement :
- C'est impossible.
- Non. C'est possible... Mais c'est peut-être aussi un mensonge ou une demie vérité de plus. Vous reconnaissez l'écriture de Mark ?
- Oui. Qu'avez-vous l'intention de faire ?
- Rien. Si Mark a tué sa femme, la messe est dite. Bien que je ne sois pas très enclin à croire en la jalousie comme mobile. Si c'est un mensonge, c'est peut-être qu'il avait l'intention de protéger quelqu'un. Et la seule Blondel qui reste en vie n'aurait pas pu étrangler Nancy...
- Que croyez-vous ?
- Ce que je crois ? Est-ce que ça a la moindre importance ?
- Ça en a pour moi.
- Comme vous voudrez... Ce qui est probable mais pas certain, c'est que Nancy voulait vraiment donner 7 % de Blondel Agro Industries à Mark. Sans doute avec l'accord de son père, et en échange d'un mariage avec Paul Andros. Histoire de rassurer Andréotti et la maffia, avec laquelle Blondel était probablement mouillé jusqu'au cou. Pourquoi a t'il changé de stratégie ? Je ne saurais le dire. Mais il est aussi probable qu'il a demandé à Paduan d'étrangler sa propre fille. Il lui suffisait ensuite de cacher l'anneau et la mèche de cheveux chez vous, afin d'accuser Mark, et avant, sans doute, de le suicider. En découvrant l'enveloppe avant la police, j'ai mis ce joli scénario à mal. Alors, Blondel a une fois de plus changé de stratégie. Il a sacrifié son frère et Sarah Maïer. C'était une solution risquée, mais elle avait l'avantage de le débarrasser de Sarah, et de lui permettre de pouvoir, par la suite, faire porter le chapeau aux mânes de Charles. Cela a failli réussir. Si Paduan ne l'avait pas blessé avant de mourir, Louis Blondel n'avait qu'à m'attendre tranquillement et m'aligner comme au tir au pigeon. Après quoi, il ne lui restait qu'a faire taire Kertec. Quitte à l'éliminer. Maintenant, si vous voulez être sûr à cent pour cent, qui, de votre demi-frère, de son père, de son oncle ou de Paduan a réellement tué Nancy Blondel, je ne peux jurer de rien. Mais qu'est-ce que ça change ? Car tout ceci n'a pas pu se passer sans la complicité, plus ou moins passive de tous ceux qui vivaient au domaine. Y compris de votre frère.
Il est possible, mais peu probable, qu'il ait été manipulé au point d'assassiner sa femme, par amour pour sa soeur, Tania, à moins que ce soit par ambition ou intérêt. Il est plus que probable, par contre, qu'il ait su ou deviné ce qui se tramait et qu'il ait laissé faire. Comme il est plus que probable, que Sarah Maïer, au fil des années ait fait comprendre une partie de la vérité sur la mort de leur mère aux enfants qu'elle a élevés. Dans cette histoire, tout le monde a manipulé ou essayé de manipuler tout le monde. Votre frère a d'abord pensé prendre un peu de pouvoir et d'importance grâce à son futur enfant. Louis et Charles Blondel ont vu l'occasion de conforter les instruments de leur puissance et d'éviter les scandales qui couvent. Francesco Paduan a cru qu'il pourrait s'assurer d'une retraite paisible, et sans doute, Tania Blondel a vu l'occasion de prendre le pouvoir sur le groupe familial et Ballard, sans doute a encouragé tout ça pour préservé ses interrets. Je ne vous parle même pas de Verhove qui en a profité pour régler quelques vieux comptes, du parti des Démocrates, qui ont regardé le spectacle de l'oeil de ceux qui n'ont rien à perdre et du gouvernement ou une bonne moitié, celle des jeunes Turcs, n'attend qu'une occasion pour se débarrasser des vieux.
En fait, seule Nancy Blondel et ses amourettes à la petite semaine était honnête. Trop pour survivre dans cet univers de violence, de mensonge et d'hypocrisie.
Je sais aussi une chose : Blondel Agro Industries est aujourd'hui dans une meilleure situation, sous bien des aspects, que la semaine dernière... Et la mort d'un soi-disant artiste, de trois bourgeois décadents et de deux terroristes, pour sauver un groupe qui emploie des dizaines de milliers de personnes et qui assoit une bonne part du pouvoir de ce pays de par le monde, ce n'est pas cher payé. Une sorte de rêve de premier ministre....
Linda Zimmerman ne dit rien. Elle me regardait, les yeux grands ouverts et mouillés.
Puis elle se leva, passa devant moi sans un mot et s'en alla.
Je marchais jusqu'aux baies vitrées et je regardais la ville, qui, en ce dimanche d'été, se réveillait doucement. En bas, tout en bas, des hommes et des femmes de toutes races, vivaient, crevaient, rêvaient, se déchiraient, s'escroquaient, s'aimaient et s'entre-tuaient. Et puis, le dimanche, il allaient s'agenouiller devant Dieu, et ils priaient. Avant de recommencer aussi sec leur petit trafic quotidien...
Et, moi, somme toute, j'étais comme eux.
J'avais le vide devant moi.

FIN.

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