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LE ROMAN


QUE LE FOSSE L'ABSORBE
LOUIS DE SPRAGUE, DETECTIVE PRIVE
PATRICK COUTIN

Chapitre I    
Chapitre II          
Chapitre III        
Chapitre IV            
Chapitre V        
Chapitre VI              
Chapitre VII                

CHAPITRE V (5)


J'essayais de joindre Max, mais son téléphone me dirigea sur une messagerie. Je me collais aussi sec devant mon téléviseur et je me mis à zapper furieusement en attendant le journal de vingt heures.
Nous eûmes d'abord droit à une déclaration de l'avocat de Rivers. De sa petite voix fluette, Botherel lut un court message sur un papier qu'il tenait d'une main timide et incertaine :
" Monsieur Rivers refuse l'interprétation qui consiste à assumer que son fils, sous l'emprise de la démence aurait d'abord assassiné son épouse avant de tomber dans le coma, consécutivement à une chute survenue dans une autre crise de démence et alors que l'étau judiciaire se serait refermé sur lui. Il s'engage a faire ce qu'il faut pour prouver l'innocence de son fils, demande une autopsie et passera la nuit à veiller son enfant.".
Les questions fusèrent mais Botherel fit ce qu'il savait faire le mieux : afficher un air suffisant et la boucler. Là dessus, la quasi-totalité des informations fut consacrée à retracer les derniers événements, puis la vie de Mark Rivers. Une vie qui au fond, ne le prédestinait guerre à finir le crâne éclaté sur un coin de pierre tombale, accusé de meurtre en sus.
La sonnette de la porte me sortit de mes réflexions.
Je hissais mes courbatures hors de mon divan et j'ouvrais pour découvrir les yeux rougis, mais le visage fier et sévère de Linda Zimmerman.
- Je peux entrer ?
- Bien sûr.
Elle me suivit jusqu'au salon et j'éteignis le téléviseur qui affichait un pot pourri des films de son demi-frère.
- Et maintenant ?, me fit-elle.
- Maintenant quoi ?
- Qu'est-ce qui va se passer ?
- La suite, mademoiselle Zimmerman. Rien que la suite.
- Qu'est-ce que vous appelez la suite ? La fin de l'enquête ? La conclusion que Mark a tué son épouse ?
- Non. La suite, ça pourrait être que vous commenciez par me dire ce que vous savez.
- Je suppose que je le peux. Mark est mort, il n'y a plus de raison que je garde cela.
- Y en a t'il jamais eut ? Que s'est-il passé le soir où Nancy Blondel a été assassinée ?
- Je travaillais au Hot One. Mark a téléphoné vers minuit et demi et m'a demandé de l'aider à monter discrètement une petite mise en scène. Il n'avait pas le temps de m'expliquer pourquoi, mais de toutes les manières, j'aurai fait n'importe quoi pour lui. J'ai attendu un quart d'heure, je me suis éclipsée par le patio, Mark est arrivé, nous avons mimé l'agression, j'ai couru à la porte de ma voiture que j'ai claquée, je me suis caché en attendant que le portier emmène Mark à l'intérieur, et je suis revenu par le même chemin.
J'ai quitté mon travail à une heure et demie. Vers les trois heures du matin Mark est passé chez moi. Il m'a expliqué que lui et son épouse s'étaient accrochés pendant le repas ; qu'elle était rentrée seule et qu'il l'avait suivie de peu, pour s'expliquer et s'excuser. Il l'avait trouvée dans le salon. Leur discussion avait bien commencé, ils avaient bu un verre, il s'était excusé de son attitude. Au moment où il s'apprêtait à la quitter pour venir au Hot One, Nancy lui a annoncé que, sitôt le divorce prononcé, elle épouserait Paul Andros. Mark n'avait pas supporté d'entendre cela. Il l'a giflée, elle l'a griffé, ils se sont battus.
Pendant qu'ils s'empoignaient, quelqu'un était venu par derrière et l'avait assommé. Lorsqu'il à repris connaissance, elle gisait morte. Il avait paniqué, m'avait téléphoné, et vous connaissez la suite.
- Que vous a t'il dit au sujet de la bague et de la mèche de cheveux ?
- A son réveil, sa femme avait un doigt coupé et que la bague de ma mère avait disparu. Il ne m'a pas parlé de mèche de cheveux. Je l'ai découverte chez moi, sur ma table, l'autre soir. J'ai cru que c'était vous qui l'aviez amené.
- Non ce n'était pas moi. Je l'ai trouvée scotchée sous un des tiroirs de la commode du salon. Est-ce que Mark aurait pu la cacher là à votre insu ?
- Oui, il avait les clefs. Mais, en dehors du soir du meurtre, je ne pense pas qu'il soit revenu chez moi.
- C'est tout ?
- Oui. Je voulais lui parler aux obsèques, mais je n'en ai pas eu le temps.
- Pensez-vous qu'il ait pu tuer Nancy Blondel et vous mentir ?
- S'il l'avait fait, je ne crois pas qu'il aurait menti.
- Pouvait-il devenir violent ?
- ... Peut-être. Vous savez, il était vraiment amoureux de Nancy. Le jour où il l'a rencontrée, il a rencontré son idéal féminin. La famille Blondel le fascinait et le dégoûtait à la fois. Il vivait l'échec de son mariage avec autant de fatalisme que de désespoir. Mais Nancy sortait ses griffes facilement et ce n'était pas la première fois qu'ils en arrivaient aux mains. Je crois que pour l'essentiel, Mark se contentait de la maîtriser. Il était peut-être du genre à balancer une gifle, mais sans doute pas à frapper sur une femme. Il était coléreux mais se calmait assez vite.
- Vous a t'il dit autre chose qui puisse m'être utile ?
- Non.
- Vous avez parlé à la police ?
- Non.
- Je vais les appeler. Il n'y a aucune raison de garder tout ça pour nous.
Je ne lui laissai pas le temps de protester et j'appelais le commissariat central. Je demandais au planton de joindre Kosecki et de lui dire de me rappeler d'urgence.
Le téléphone sonna cinq minutes plus tard. Kosecki semblait las.
- Qu'est-ce que tu veux, Louis ?
- Je suis avec la soeur de Mark Rivers. Elle veut te parler.
- Ca peut attendre demain.
- Je ne crois pas, Jo.
- Quoiqu'elle ait à me dire, j'ai plus important sur les bras. Charles Blondel vient d'être retrouvé pendu dans son bureau.
- Tu plaisantes ?
- Je ne fais que ça.
- Ou tu es ?
- Je suis sur la route. Je serais chez les Blondel dans cinq minutes. Garde-moi ta cliente au frais. A moins que tu veuilles que j'envoie quelqu'un enlever le colis ?
- Non Jo, ça ira. Je peux te rejoindre ?
- Pour foutre ta merde ?
- Non. Je viendrais de toute façon...
- Je sais, bordel. Pointe-toi, mais ferme-la, pour l'amour de Dieu.
Je raccrochais, j'expliquai la situation à Linda Zimmerman, je lui demandai de ne pas bouger de la maison et de ne répondre à personne, puis je sautais dans la Porche et je fonçais jusqu'au portail des Blondel, en grillant autant de stop que possible.
Je klaxonnais et le gardien sortit par la petite porte. Il avait mauvaise mine. Il se contenta de hocher la tête lorsque je lui annonçais que je rejoignais le Lieutenant Kosecki. La double porte s'ouvrit, je roulais jusqu'au porche du Château. Deux voitures de flic étaient déjà là. Je montrais patte blanche et un policier m'indiqua que l'action se déroulait au deuxième étage.
Je montais le large escalier central jusqu'à un long couloir aux murs clairs. Au fond, une porte à double battant était grande ouverte et le profil gras de Kosecki s'encadrait dans la lumière. Je franchissais les quelques mètres qui me séparaient de lui et je pénétrais dans un grand bureau décoré dans les tons bleus et or. Kosecki semblait absorbé dans la contemplation des chaussures du pendu. Charles Blondel faisait une sale grimace et son maigre cou semblait avoir allongé de dix bons centimètres. Il était vêtu de son habituel costume gris, d'une chemise bleue à col blanc, de mocassins noirs et de chaussettes grises, qui semblaient être en soie lustrée. Il avait pris la peine de desserrer sa cravate rouge, ainsi que le col de sa chemise, et de fermer les yeux. Son visage ainsi n'exprimait rien.
Sa voisine était une grande femme blonde d'environ 45 ans. Solidement charpentée, sans excès pondéral, elle portait un tailleur gris, un chemisier blanc et ses cheveux étaient sagement rangés dans un impeccable chignon d'où sortaient les arrondis d'innombrables épingles noires. Elle était chaussée d'escarpins bleu foncé. Ses bas gris à couture étaient maintenus par des jarretelles de dentelle noire. Ses yeux grands ouverts et l'expression de son visage semblaient trahir toute l'horreur de cette mort ignoble.
Les cordes avaient été passées autour de la poutre centrale qui soutenait les autres poutres, plus petites du plafond. Les deux morts étaient probablement montés sur le bureau avant de se passer la corde au cou et de sauter dans le vide.
Sur le bureau, deux verres et une bouteille de whisky avoisinaient un tube de comprimés de Valium et une petite boite d'étain décoré d'une étiquette rouge en forme de tête de mort. Juste à coté, je reconnu l'enveloppe grise que j'avais trouvé chez Linda Zimmerman. J'aurai pu parier sans risque, qu'elle contenait une mèche de cheveux et un anneau de fils d'or tressés surmontés d'un diamant. Une petite table de dactylo hébergeait une machine à écrire électrique d'un modèle ancien d'où dépassait une feuille de papier à moitié couverte d'écriture.
Louis Blondel était assis dans un fauteuil à l'autre bout de la pièce, et le photographe finissait d'immortaliser la scène. On entendit, pendant un moment, que le bruit feutré des déclics de son Leica. Puis il rangea son appareil et sortit.
- Faut les décrocher de là, fit Kosecki, l'air songeur.
Deux flics qui n'attendaient qu'un signe pour se rendre utile installèrent des chaises sous Charles Blondel, et pendant qu'un troisième le soulevait par les pieds, ils défirent soigneusement le noeud qui maintenait la corde à la poudre. Puis ils prirent le cadavre et le déposèrent avec douceur sur un brancard de campagne. Là dessus, ils s'attelèrent à sa voisine avec les mêmes précautions, sous l'oeil expert du médecin légiste.
Kosecki enfila une paire de gants en latex et se dirigea vers le bureau. Je lui filais le train d'aussi prés que possible, sans piétiner le jeune inspecteur qui l'assistait.
Il se saisit de la petite boîte carrée en aluminium terni et l'ouvrit. Elle était pleine de pilules grises et plâtreuses. Un carré de papier écrit à la plume et à lencre mauve indiquait "strychnine".
Il le prit entre deux doigts et se retourna vers moi :
- Qu'est-ce que ça vient faire ?
- Je crois savoir, Jo.
- Accouche, Louis, j'ai pas que ça à foutre.
- La veille de l'enterrement de Nancy Blondel, Mark Rivers a été pris de vomissements. Je lui ai fait une prise de sang. On a trouvé de la strychnine et du Valium.
- De mieux en mieux, Louis. T'es en train de remporter la palme du plus grand des faux culs, haut la main.
- Tu peux parler. Tu ne m'as pas laissé le temps de l'ouvrir...
- Je sais bien, c'est pour ça que ma femme s'est tirée. Je suis un tyran. Mais quand t'as besoin de moi, tu me trouves, enfoiré... Je suppose que c'est pour ça que Rivers a demandé une autopsie, en le criant sur les toits...
- Exact.
- Je suppose aussi que tout le monde est au courant, sauf moi ?
- Non. Et de toutes façons tu auras les résultats de l'autopsie avant tout le monde. Alors cesse de pleurnicher...
Il renifla et se pencha pour sentir le reste du contenu des verres, puis il se tourna vers la machine et avec une délicatesse infinie, en sortie la feuille dactylographiée. Un flic lui tendit une chemise de plastique transparent, et lentement il y fit glisser le papier, avant de se mettre à le lire. Quand il eut fini, il se retourna vers moi et me tendit le tout.
Le texte était daté du jour. Il était tapé sans faute. Je me mis à lire.
" Je soussigné Charles Blondel déclare :
Avoir étranglé sa nièce Nancy Blondel, le dimanche 7 aout et avoir tenté d'en faire porter la responsabilité à son mari, Mark Rivers. J'ai ensuite tenté d'empoisonner celui-ci et de faire croire à un suicide. J'ai perpétré ces actes avec la complicité de Sarah Maïer, qui est à notre service et qui est aussi ma maîtresse, depuis de nombreuses années.
J'ai commis ces actes devant la détermination de ma nièce à céder sept pour cent du capital de Blondel Agro Industries a son époux. Je la soupçonnais de vouloir ensuite s'allier avec lui ainsi qu'avec d'autres actionnaires, pour tenter de prendre la direction du groupe. J'ai été en charge personnelle du développement de certains secteurs de Blondel Agro Industries et j'ai commis des erreurs de gestions et d'alliances qui ne manqueront pas d'être exploiter par nos adversaires. Je préfère mettre fin à mes jours plutôt que d'affronter mes responsabilités ".
Je rendis le feuillet à Kosecki qui s'en saisit et la confia à son subordonné.
- Qu'est-ce que tu vas faire ? lui demandais-je ?
- Prévenir mes supérieurs, prendre des dépositions, laisser le labo faire son boulot et te reconduire à la porte. C'est l'heure pour les gars comme toi d'aller au dodo.
- Je te retrouve bien là.
- Qu'est-ce que tu veux dire ? Me fit-il, l'air soupçonneux.
- Courageux en temps de paix et lâche en temps de guerre...
- C'est vrai qu'à côté d'un héros comme toi, c'est pas évident de briller. Qu'est-ce qui te démange ?
- Rien. Je suis ravi. Affaire finie. Classée. Que demander de plus ?
- Que tu te tires d'ici et que tu me foutes la paix.
- Qui a découvert les corps ?
- D'après ce que j'ai comprit, Louis Blondel.
Je me retournais vers le fond de la pièce. Louis Blondel était assis, calme et droit. Son visage ne trahissait aucune émotion. On aurait pu croire qu'il s'ennuyait.
- Je peux lui poser une ou deux questions ?
- Pourquoi pas. Au point où nous en sommes...
Je me dirigeais vers le président de Blondel Agro Industries suivit de Kosecki.
- Bonsoir monsieur Blondel. Je vous présente mes condoléances.
- Merci.
- Est-ce que vous avez dîné avec votre frère ce soir ?
- Je ne vois pas en quoi j'ai à répondre à vos questions.
Kosecki intervint :
- Je pense que vous pouvez répondre. Il y a fort à parier que je vais vous poser les mêmes...
Blondel réfléchit un instant.
- Pas question, fit-il. Ce monsieur n'a rien à faire ici, et je vous fiche mon billet qu'il va courir rapporter tout ce qu'il va entendre au premier pisse copie venu.
Kosecki se mit aussi à réfléchir. Nul doute que la situation commençait à lui plaire.
- On dirait que personne ne t'aime dans le coin. Je pense qu'il faut que tu caltes, Louis.
- Tu as peut-être raison. D'autant que j'ai ce Verhove, le gars de la Tribune qui attend mon coup de fil.
Je les plantais là et j'estimais que c'était une bonne revanche sur tous les trous du cul qui, au long de la journée, m'avaient fait le même coup.
Je descendais jusqu'au rez-de-chaussée. Le valet de porte était à poste. Je lui demandai de prévenir Tania Blondel que je désirai lui parler.
- Il est tard, Monsieur, me fit-il, l'air navré.
- Pas du tout mon gars. C'est soir de fête, et j'ai du pain sur la planche.
Il me regarda d'un air franchement dégoûté. Il n'avait sans doute pas rencontré un sens de l'humour comme le mien depuis qu'il était arrivé ici. Mais il décrocha quand même son téléphone et me tourna le dos pour converser avec une personne qui devait être sa patronne.
- Mademoiselle Blondel vous recevra dans cinq minutes, me déclara-t-il l'air épaté. Voulez-vous attendre au salon ?
- Non mon gars. Je vais faire les cent pas ici même.
Je sortais mon portable de ma poche et j'appelais Kertec.
- Allo Yvan ? C'est Louis. Tu veux de la nouvelle fraîche ?
- Vas-y.
- Charles Blondel et une de ses employées viennent d'être retrouvés pendus. Bels et bien morts.
- Génial, me fit-il, l'air sincèrement enchanté. Tu es où ?
- Chez les Blondel.
- Au coeur de l'action... Quoi d'autre ?
- Dans une lettre posthume, Charles Blondel s'accuse du meurtre de Nancy et d'une tentative de meurtre sur Mark Rivers. Il avoue aussi une gestion louche de certains secteurs du groupe Blondel.
- Superbe. Tu as autre chose ?
- Pas maintenant. Mais viens dés que tu le peux.
- Je suis déjà là.
- Viens seul et sois discret. D'ici un moment je vais sortir. Ignore-moi. Mais reste dans le coin. Dés que l'armada des flics sera partit, appelle-moi sur le portable.
- Tu es sûr de toi ?
- Si tu savais...
Je raccrochais comme le téléphone du valet sonnait.
- Mademoiselle Blondel vous attend au salon jaune.
- Merci. Ne vous dérangez pas, je connais le chemin.
Je traversais le hall et je frappais à la porte. J'entrai sans attendre de réponse. Je trouvais Tania Blondel recroquevillé dans un des fauteuils.
Ses cheveux étaient enserrés par un foulard de satin gris. Elle était vêtue d'un pantalon tricoté noir et d'un tricot de même couleur. Ses yeux étaient rouges. Elle avait pleuré, mais plus, encore, elle avait l'air désemparée. Elle se leva et marcha vers moi. Je la pris dans mes bras, elle se blottit contre mon épaule et se mit à sangloter. Cela dura de longues minutes. Puis elle se reprit, s'écarta et, baissant la tête, me dit :
- Je vous prie de bien vouloir m'excuser. Tout cela est horrible...
- En effet. J'ai besoin de poser certaines questions et d'avoir certaines réponses...
- A quoi bon ?
- Savoir est bien. Mais je ne suis pas sûr que ça me suffise. J'ai aussi besoin de comprendre.
- Posez vos questions.
- Merci. Avez-vous dîné avec votre père et votre oncle ce soir ?
- Non. J'ai dîné dans mon appartement.
- Votre père et votre oncle se sont-ils vus ?
- Oui. Je pense qu'ils ont pris leur repas en tête à tête vers les 20 heures. Ma belle-mère est souffrante.
- Comment avez-vous appris le décès de votre oncle ?
- Par mon père, il y a environ une heure.
- Vous semblez très touchée ?
- Je le suis.
- Vous aviez une affection particulière pour lui ?
- Il s'occupait beaucoup de nous. Nancy et moi passions plus de temps avec Sarah ou avec lui qu'avec notre père. Mon oncle a suivit mes études de très près.
- Etes-vous au courant de la lettre qu'il a laissé ?
- Mon père m'en a parlé.
- Qu'en pensez-vous ?
- Je suis abasourdie.
- Saviez-vous que Sarah Maïer était la maîtresse de votre oncle ?
- Sarah était une sorte d'état dans l'état, ici. Bien plus qu'une gouvernante. C'était une femme très forte, autoritaire. Même mon père faisait attention à ne pas la froisser. Paradoxalement, j'ai toujours eu le sentiment qu'elle protégeait mon oncle.
- Que voulez-vous dire ?
- Même si Charles et mon père ont toujours été très complices, mon oncle était plutôt doux, timide, organisé, réfléchi, alors que mon père est impulsif, cinglant, dur parfois. Il pouvait être très ironique avec mon oncle, mais il évitait de le faire devant Sarah.
- Croyez-vous que votre oncle ait pu, de son propre chef, prendre des décisions graves concernant Blondel Agro Industries, sans que votre père ne le sache ?
- Vous savez, il y a tellement de secteurs dans le groupe, que des tas de décisions sont prises chaque jour, sans que mon père ne soit consulté. Il faudrait savoir, de façon précise, à quoi il fait référence.
- Pensez-vous qu'il puisse s'agir de cette histoire, concernant le Consortium des Eaux ?
- Je ne sais pas.
- Votre oncle avoue avoir assassiné sa nièce et essayé d'assassiner son mari, pour éviter que certaines erreurs ne voient le jour. Puis il se suicide en compagnie de sa maîtresse. Nous en sommes à quatre morts. Je doute que ce soit pour camoufler un abus de note de frais.
- Comment voulez-vous que je sache ? Je suppose qu'il s'agit de choses pouvant mettre le groupe en danger.
- Dans sa lettre, Charles laisse entendre que Nancy et Mark allaient s'allier aux actionnaires minoritaires et aux actionnaires financiers pour mettre votre père en minorité. Suivant mes calculs, les 7 % que Nancy allait donner à Mark, plus les sept pour cent dont elle allait hériter pour ses vingt sept ans, plus les parts des actionnaires minorita