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LE ROMAN


QUE LE FOSSE L'ABSORBE
LOUIS DE SPRAGUE, DETECTIVE PRIVE
PATRICK COUTIN

Chapitre I

   

Chapitre II

         

Chapitre III

       

Chapitre IV

           

Chapitre V

       

Chapitre VI

             

Chapitre VII

               

CHAPITRE III (4)


Je sautais dans la Porche, m'arrêtais au portail. J'en descendais assez vite pour arriver à la porte du local de surveillance avant que le gardien n'ait eu le temps de se lever. Il détourna la tête d'un volumineux paquet de feuillets dactylographiés et raturés.
- Bonsoir Monsieur Paduan. Je reviens dans deux ou trois heures. Une personne du nom de Max Rosenberg va se présenter, d'ici un quart d'heure. Elle vient passer la nuit au chevet de Mark Rivers. Monsieur Blondel est au courant...
Le téléphone se mit à sonner et il décrocha.
- Bien, Mademoiselle. Bonsoir, Mademoiselle.
Il reposa le combiné.
- C'est d'accord fit-il en le désignant du doigt.
- Toujours sur ce bouquin ?
Il me regarda comme on le fait quand on se trouve devant un crétin, et que l'on essaye de cacher toute la pitié qu'il vous inspire. Du coup, il avait l'air stupide. Je notais le nom de la compagnie qui figurait sur la centrale d'alarme, et je tournais le dos, en bafouillant un bonsoir pâteux.
Je passais le portail, tournais sur la gauche et stoppais une cinquantaine de mètres plus loin. Cinq minutes plus tard un taxi déboucha. Je lui fis signe de s'arrêter, et Max en descendit. Il me serra la main en la secouant vivement. Max était chauve, grand, costaud, plein de taches de rousseur, et toujours diaboliquement pétant de santé.
- Qu'est-ce qui se passe Louis ?
- Pas le temps de t'expliquer. Fait moi deux prises de sang de notre client. Discrètement. Je viendrai les chercher vers les huit heures. Surveille ce gars comme les diamants de la couronne. Le danger peut venir de lui, mais aussi bien contre lui. On va te monter un plateau repas. N'y touche pas. Je t'apporterai des sandwichs.
Marx remonta dans son taxi, et moi dans mon auto. Il me fallut une bonne heure et demie pour rejoindre la pub ou j'avais rendez-vous avec Kertec et son rédacteur en chef. A cette heure-ci, et par cette chaleur les embouteillages prenaient des allures de génocide organisé.
Le pub de Verhove ressemblait à un pub de journaliste. Le rideau de fumée y était tellement épais qu'une intervention rapide des pompiers aurait sans doute sauvé quelques vies. Mais, pour l'essentiel des présents, il était sans doute trop tard. Je me frayais un chemin au milieu de cette bonne humeur cynique et virulente, et je réussis à éviter de me prendre les pieds dans les sacs d'appareils-photos qui jonchaient le sol.
Verhove et Kertec étaient attablés au centre de la pièce.
J'allais vers eux et je prenais une chaise disponible.
- Il y a tellement de bruit ici qu'on va devoir hurler pour s'entendre, et qu'au bout du compte on va mener un débat public plus qu'autre chose. Mais à part ça l'endroit vaut le coup.
Verhove me jeta un regard malicieux.
- Sans doute, mais au moins on est chez nous. Qu'est-ce que vous voulez savoir ?
- Juste vous écouter. A en croire ce qu'Yvan m'a dit, vous étiez assez virulent, sur le sujet qui m'intéresse.
- Pourquoi dites-vous était ?
- Les années passent...
- Des clous.
- Quelles sont vos raisons ?
- Ca va peut-être vous paraître un peu désuet, mais je déteste les assassins, surtout ceux en col blanc, qui courent en liberté, et qui se pavanent dans les banquets de l'Unesco.
- Vous y allez un peu fort.
- Rien du tout. Je sais ce que je dis.
- Videz votre sac.
- A vingt huit-ans, Blondel passait pour un riche héritier, libéral, humaniste, féru de tiers-monde. En réalité il a contribué à mettre ce même tiers-monde en coupe réglée. Pendant qu'il passait des contrats, en apparence honorable avec des pays d'Afrique ou d'Amérique du Sud, il travaillait en sous-main, avec ses soi-disant concurrents, pour casser les cours. Il a ruiné des populations entières, organisé la famine et la crise, et finalement, mis à feu et à sang, des pays entiers, provoquant des milliers de morts. Sans compter la corruption généralisée, qu'il a encouragée, et parfois imposée. Ce type est une ordure. Un point c'est tout.
- Vous avez des preuves de ce que vous avancez ?
- Pas assez. Mais les résultats parlent d'eux même.
- Comment ça ?
- Lorsqu'il prend la direction de l'entreprise familiale, celle-ci est au trentième rang mondial, au milieu d'une centaine de concurrents. Vingt ans plus tard, trois groupes se partagent l'assiette d'un monde, ou les famines voisinent avec la surproduction. Et ce qui vous semble être un désordre, n'est en fait, que la conséquence d'un ordre économique parfaitement maîtrisé et rentable. En terme d'argent et de pouvoir. Au milieu de tout ça, trône le roi Louis Blondel avec à ses côtés, le serpent bonhomme, son frère, Charles Blondel. Cette famille est une famille de tueur. Le pire que vous puissiez imaginer venant d'eux, n'est rien, à côté de ce dont ils sont capables.
Je restai un moment sans rien dire. Les yeux de Verhove brillaient. Au moins il y prenait du plaisir.
- Pourtant vous avez enquêté, et vous n'avez pas trouvé grand-chose. Votre livre a été retiré de la vente, et si j'ai bien compris, votre principale témoin charge s'est rétractée.
- Que vous dites. Au contraire, j'ai prouvé que l'enquête sur l'enlèvement était bâclée, puisque j'ai sorti un tas de détails que la police n'avait même pas voulu voir.
- Comme quoi, Monsieur Verhove ?
- Le fait que Blondel ait attendu quinze jours pour payer la rançon, le fait qu'il ne s'entendait plus avec son épouse, son adolescence de gauchiste chic, ses méthodes commerciales... Tout ce que je dis dans ce bouquin est vrai. Jusqu'à aujourd'hui, personne n'a osé l'ouvrir. Mais le vent a tourné, je le sens. Cette ordure va sauter.
- Puisque vous étes si sur de vous, expliquez moi comment ce type a réussi a passer entre les gouttes pendant plus de vingt ans ?
- Drummont. Quand Blondel a pris la direction de l'entreprise familiale, Drummont était ministre de l'intérieur et il chapeautait la coopération. Trois ans après sa nomination, il s'est signalé au chapitre "crapules de l'histoire", en menant une répression violente contre les étudiants en grève. Son propre fils défilait dans les rues, mais ça ne l'a pas retenu d'envoyer la garde civile en arme se farcir les mômes. Allez savoir comment, entre Drummont, le nationaliste populiste de droite et Blondel, le gauchiste internationaliste chic, que tout opposait, ça a tout de suite collé. Blondel a financé les constructions politiques de Drummont, et ses ambitions sur la ville; Drummont a mis ses flics et ses services spéciaux au service de Blondel. Quand les conservateurs ont perdu le pouvoir, Drummont s'est replié sur la municipalité, toujours financée par Blondel. Et comme Drummont est tout sauf un ingrat, Blondel a reçu sa part de gâteau en échange, y compris le monopole des eaux.
- Rien ne prouve que Blondel est effectivement partie prenante du Consortium des Eaux.
- Mes fesses, oui. Il y est. Comme il est copain comme cochon avec Andreotti, le patron de la maffia. Vous verrez, ça finira par être clair.
- Je veux bien. Mais pourquoi, subitement, tout ce joli système prendrait-il le vent ?
- Les conservateurs ont passé dix ans dans l'opposition. Dés qu'ils sont revenus aux affaires, Drummont a retrouvé son poste de Ministere de l'intérieur. Il a aussi retrouvé ses vieilles habitudes. Mais les temps ont changé. D'un côté, on dirait que tous les magistrats du pays ne sont plus systématiquement à la botte du gouvernement. Eux aussi veulent leur bout de gloire et de pouvoir. Et aujourd'hui, il semblerait que ça soit plus rapide en taillant des croupières aux ministres qu'en leur léchant les bottes. D'un autre côté, les jeunes poussent, et je suis certain que quelques-uns ne seraient pas fâchés de faire tomber le vieux crocodile. En plus, Drummont a emmené avec lui sa garde rapprochée. Ceux qui sont restés à l'Hotel de ville, sont manifestement moins bons, dés qu'il s'agit de noyer les poissons. Sans compter le poids des rivalités. Pour l'instant, c'est le nouveau maire, qui est aussi l'ancien premier adjoint, et l'ex. responsable direct de l'eau. Mais si lui saute, personne ne sait vraiment ou ça s'arrêtera.
- Parlez-moi de la femme de chambre ?
- Sarah Maïer. Une Allemande. Israélite. Brune, grande, assez belle fille et cultivée.
- Vous voulez dire pour une femme de chambre, ou cultivée tout court ?
- Je veux dire parlant bien et manifestement intelligente.
- Est-ce vrai que vous aviez payé pour son témoignage ?
_ Bien sûr, et alors ? C'est une chose courante. Ça ne veut pas dire qu'elle ait affabulé. Elle était au service d'Eva Blondel depuis trois ou quatre ans. Elle entretenait avec sa patronne des liens très étroits, voire de complicité. Elle savait de quoi elle parlait. C'est d'ailleurs elle qui nous avait contactés et qui avait insisté. Son témoignage était sans ambiguïté.
- Quel était-il exactement ?
- Elle faisait état de disputes régulières, ou revenait l'intention d'Eva Blondel de divorcer. L'une de ces disputes, la dernière s'était terminée plus violemment que les autres, et Blondel avait menacé de tuer son épouse, si elle persistait à vouloir divorcer.
- Pourquoi cette Sarah Maïer avait-elle été renvoyée ?
- Officiellement, une sorte d'incompatibilité d'humeur avec la gouvernante de l'époque, d'après ce que j'ai pu comprendre.
- Pourquoi s'était-elle rétractée, votre avis ?
- Je n'ai jamais très bien su. Elle pouvait être condamné pour atteinte à la vie privée, mais je ne suis pas certain qu'elle ait vraiment eut peur de ça. J'ai toujours pensé qu'elle avait été soudoyée. Six mois plus tard, j'ai essayé de la retrouver, elle avait disparu.
- Vous n'aviez pas poussé un peu ?
- Rien du tout. Au contraire. Je m'attendais passer devant les juges et j'espérai que son témoignage serait plus violent au prétoire que dans le livre.
Il était presque sept heures, et j'avais toute la ville à traverser. Je prenais congé et je me levais. Verhove se leva aussi et me serra la main.
- Faites la peau à cette ordure, De Sprague.
- Je ne suis pas payé pour ça...
- Accordez-vous un plaisir...
- N'y comptez pas trop.
- Dommage, me fit-il, Kertec prétend que vous êtes honnête.
- Ca m'arrive, Monsieur Verhove. Pas si souvent que ça, mais ça m'arrive.
Un vent doux s'était levé, venant des cotes et du delta. Une chape de pollution marron était tombée du ciel sur les rues, mais la circulation était plus fluide. Je m'arrêtais en chemin pour acheter deux sandwichs et une bouteille d'eau, et j'appelais Vincent. Il était encore son bureau.
- Comment ça va, Louis ?
- Ca va
- Tu as une drôle de voix...
- Je suis juste un peu fatigué. Tu dors au bureau ?
- J'en suis pas loin.
- Tu peux me rendre un autre service ?
- Si je peux, bien sûr.
- Je voudrais faire analyser un échantillon de sang.
- Qu'est-ce que tu cherches ?
- Une substance quelconque. Capable de faire vomir; de donner des nausées. Un truc qui pourrait se glisser sans trop de problèmes dans un verre...
- Je vais voir ce que je peux faire. Tu peux déposer ça dans ma boîte aux lettres ?
- Bien sûr. Comment vont les enfants ?
- On dirait que ça va. Je te rappelle quand j'ai tes résultats.
L'annonce des obsèques avait ramené une meute de journalistes derrière les barrières Vauban qui entouraient le portail des Blondel. Je réussissais à traverser ce petit monde sans encombre, et je rejoignais Max dans la garçonnière de Rivers. Il prenait l'air en haut de l'escalier.
- Comment ça se passe, Max ?
- Il dort.
- Parfait. Laisse-le dormir. Ferme la porte avant de faire de même. Quand il se réveillera, explique-lui que c'est moi qui t'envoie. S'il renâcle, dis-lui de m'appeler; je garderai mon portable ouvert. Demain matin on va à des obsèques. Ne le quitte pas d'une semelle.
- Qu'est-ce que tu crains ? Suicide ?
- Je n'en sais rien. Mais je sens qu'il est tout prêt de faire une connerie. Fais attention, c'est tout.
- D'accord.
- Tu as le sang ?
Il me tendit deux tubes pleins d'un liquide noirâtre. Je les glissai dans ma poche et je le laissais en train d'ouvrir son sac de sandwichs.
- Bon appétit, Max, à demain.
- Salut.
En sortant, je ne pu m'empêcher de passer au ralenti devant le Château. Puis je prenais la direction du Hot One. Au passage je glissais un des prélèvements de sang dans une petite enveloppe que je déposai dans la boîte aux lettres de Vincent. Il était presque dix heures quand je me garai devant le Hot One. Le portier me salua et me laissa rentrer sans me faire passer par la caissière. J'allai directement au restaurant. Le patron m'accueillit avec un large sourire et m'installa en terrasse. Je commandai un poulet grillé au citron et je regardai Zoro, alias Linda Zimmerman s'affairer entre les tables. Elle était grande, mince, mais féminine; ses déplacements tout en souplesse, exprimaient l'élégance et la distinction. Je sirotais un verre de blanc glacé quand mon téléphone de poche se mit à sonner. Elle était plus rauque qu'à l'accoutumé, mais je reconnus la voix sans peine.
- Monsieur De Sprague ?
- Bonsoir, Mademoiselle Blondel.
- Est-ce que je vous dérange ?
- Non.
- Je suis désolé de vous téléphoner si tard. J'avais envie de parler quelqu'un... c'est si triste ici...
Elle semblait gênée. J'essayais de lui faciliter la tâche.
- Je vous comprends. Y a t'il autre chose, Mademoiselle Blondel.
- Est-ce que vous voulez bien m'appeler Tania ?
- Si vous voulez, bien que, personnellement, je trouve que "Mademoiselle Blondel" vous sied plutôt bien. Que puis-je faire pour vous?
- Je ne sais pas... non, je ne crois pas... Il y a des choses que l'on aurait dû vous dire, et que personne ne vous à dites...
- Je sais. Sans parler des mensonges.
- Je crois que je devrais vous parler...
- Voulez-vous que je passe chez vous ?
- Non.
- Je dîne au Hot One, venez m'y rejoindre.
- Non, je pourrais y rencontrer des connaissances...
- Je comprends. Vous connaissez la Casa Castro, sur le boulevard Kennedy, du côté de la Cité Universitaire ?
- Oui.
- J'y serai dans trois quarts d'heure. Vous pouvez y venir ?
- Oui. Je coupais la ligne, en même temps que Zoro déposait devant moi, une large assiette contenant un amas de petits bouts de poulets, suffisamment grillés pour ne plus rêver de réincarnation, entourés de maïs, de haricots rouges et de rondelles d'oignons panés. Arrosé de blanc glacé, s'était plutôt bon, et la serveuse faisait passer sans mal les réticences initiales. Elle avait posé un violet sombre et brillant sur ses lèvres. Sa peau, blanche, en semblait plus pâle encore. Elle portait le même costume que la dernière fois, pantalon et gilet de satin irisé, sur un chemisier blanc, le tout littéralement collé à la peau, mais cette fois-ci, son costume était lie-de-vin, et son loup de la même couleur. C'était d'un effet garanti, d'autant qu'elle se déplaçait avec une sorte de nonchalance calculée; droite et cambrée, la tête haute comme posée sur un cou long et gracile. Je la suivais des yeux tout en dînant, et le patron, qui avait repéré mon manège vint vers moi. Il me tendit la main.
- Elle est merveilleuse, n'est-ce pas ?
- Le mot est faible. Ça ne la dérange pas de travailler dans un costume pareil ?
- Non. C'est même elle qui en a eu l'idée; au début, juste pour une soirée exceptionnelle, puis elle s'est prise au jeu.
- Elle finit tard ?
- Le restaurant ferme à deux heures. Après, si vous avez une petite faim, on sert des tapas au comptoir.
Puis il ajouta d'un air malicieux :
- Malheureusement, trop belle pour vous ou moi, Monsieur De Sprague.
- Pour qui alors ?
Il leva les yeux au ciel et haussa les épaules.
- Le Prince Charmant...
- Mark Rivers ?
Une lueur de surprise traversa son regard.
- Pourquoi dites-vous cela ?
- Ca ferait un beau couple
- Où voulez-vous en venir ?
- Je disais ça comme ça.
Il me regarda avec l'air du gars, qui vient de se rendre compte que quelqu'un a pissé dans son verre, alors qu'il avait le dos tourné.
- Vous êtes bizarre me fit-il, finalement.
- Vous voulez dire que j'ai l'esprit tordu ?
- Non, je veux dire que vous êtes bizarre, tout simplement.
Il se leva et ramassa ma fiche au passage.
- Bonsoir, Monsieur de Sprague. Vous êtes mon invité.
J'eus le sentiment que, s'il s'était senti le droit d'ajouter "mais ne remettez pas les pieds ici", il l'aurait fait avec plaisir.
Constater qu'on n'est pas aimé n'a jamais remonté le moral de personne. La journée avait été dure, longue, et sans tendresse, et, j'en avais ma claque d'être pris pour une nouille. Je laissais là mon assiette à moitié pleine, et je quittai l'endroit, en essayant d'avoir l'air moins minable que je ne me sentais.
Personne ne me dit au revoir, et ça tombait plutôt bien.
Pour tout arranger, j'avais laissé la 911 Targa décapotée, et un orage avait traversé le ciel. Je remettais le hard-top, j'essuyais mon siège et je prenais la direction de la citée universitaire. A cette heure-ci, le trajet, qui dans l'après-midi aurait put prendre plus d'une heure, se faisait en dix minutes. La Casa Castro était installée à un carrefour. Elle occupait tout l'espace situé entre deux rues.
Un palmier en néon jaune clignotait dans la nuit sur un toit en fausse tôle ondulée. Le bar était plutôt exigu et, l'été, il débordait sur une cour entourée d'une haie verte, qui donnait directement sur le parking. On était samedi soir; l'endroit était bourré d'étudiants, qui venaient là, commencer leur nuit en douceur. Je dénichai un bout de trottoir pour y glisser ma voiture. La terrasse était bondée mais l'intérieur réservait plus de calme. Je m'installais dans une alcôve bien en vue de l'entrée, plutôt éclairée, et suffisamment loin des baffles pour pouvoir envisager une conversation. Elle arriva quelques minutes après moi, vêtue d'un jean, d'un maillot noir et d'un blouson de toile bleu. Elle semblait décoiffée. Un trait noir approximatif soulignait ses cils. En quelque sorte, elle s'était déguisée en étudiante.
Elle se posa sans un mot sur le fauteuil informe en face de moi et alluma une cigarette. J'étais fatigué. Elle le semblait aussi.
Le garçon s'approcha et prit nos commandes. Je demandais une Tequila et elle hésita avant de se décider pour une Margarita.

Suite

 

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