Je sautais dans la Porche, m'arrêtais au portail. J'en descendais
assez vite pour arriver à la porte du local de surveillance avant
que le gardien n'ait eu le temps de se lever. Il détourna la
tête d'un volumineux paquet de feuillets dactylographiés
et raturés.
- Bonsoir Monsieur Paduan. Je reviens dans deux ou trois heures. Une
personne du nom de Max Rosenberg va se présenter, d'ici un quart
d'heure. Elle vient passer la nuit au chevet de Mark Rivers. Monsieur
Blondel est au courant...
Le téléphone se mit à sonner et il décrocha.
- Bien, Mademoiselle. Bonsoir, Mademoiselle.
Il reposa le combiné.
- C'est d'accord fit-il en le désignant du doigt.
- Toujours sur ce bouquin ?
Il me regarda comme on le fait quand on se trouve devant un crétin,
et que l'on essaye de cacher toute la pitié qu'il vous inspire.
Du coup, il avait l'air stupide. Je notais le nom de la compagnie qui
figurait sur la centrale d'alarme, et je tournais le dos, en bafouillant
un bonsoir pâteux.
Je passais le portail, tournais sur la gauche et stoppais une cinquantaine
de mètres plus loin. Cinq minutes plus tard un taxi déboucha.
Je lui fis signe de s'arrêter, et Max en descendit. Il me serra
la main en la secouant vivement. Max était chauve, grand, costaud,
plein de taches de rousseur, et toujours diaboliquement pétant
de santé.
- Qu'est-ce qui se passe Louis ?
- Pas le temps de t'expliquer. Fait moi deux prises de sang de notre
client. Discrètement. Je viendrai les chercher vers les huit
heures. Surveille ce gars comme les diamants de la couronne. Le danger
peut venir de lui, mais aussi bien contre lui. On va te monter un plateau
repas. N'y touche pas. Je t'apporterai des sandwichs.
Marx remonta dans son taxi, et moi dans mon auto. Il me fallut une bonne
heure et demie pour rejoindre la pub ou j'avais rendez-vous avec Kertec
et son rédacteur en chef. A cette heure-ci, et par cette chaleur
les embouteillages prenaient des allures de génocide organisé.
Le pub de Verhove ressemblait à un pub de journaliste. Le rideau
de fumée y était tellement épais qu'une intervention
rapide des pompiers aurait sans doute sauvé quelques vies. Mais,
pour l'essentiel des présents, il était sans doute trop
tard. Je me frayais un chemin au milieu de cette bonne humeur cynique
et virulente, et je réussis à éviter de me prendre
les pieds dans les sacs d'appareils-photos qui jonchaient le sol.
Verhove et Kertec étaient attablés au centre de la pièce.
J'allais vers eux et je prenais une chaise disponible.
- Il y a tellement de bruit ici qu'on va devoir hurler pour s'entendre,
et qu'au bout du compte on va mener un débat public plus qu'autre
chose. Mais à part ça l'endroit vaut le coup.
Verhove me jeta un regard malicieux.
- Sans doute, mais au moins on est chez nous. Qu'est-ce que vous voulez
savoir ?
- Juste vous écouter. A en croire ce qu'Yvan m'a dit, vous étiez
assez virulent, sur le sujet qui m'intéresse.
- Pourquoi dites-vous était ?
- Les années passent...
- Des clous.
- Quelles sont vos raisons ?
- Ca va peut-être vous paraître un peu désuet, mais
je déteste les assassins, surtout ceux en col blanc, qui courent
en liberté, et qui se pavanent dans les banquets de l'Unesco.
- Vous y allez un peu fort.
- Rien du tout. Je sais ce que je dis.
- Videz votre sac.
- A vingt huit-ans, Blondel passait pour un riche héritier, libéral,
humaniste, féru de tiers-monde. En réalité il a
contribué à mettre ce même tiers-monde en coupe
réglée. Pendant qu'il passait des contrats, en apparence
honorable avec des pays d'Afrique ou d'Amérique du Sud, il travaillait
en sous-main, avec ses soi-disant concurrents, pour casser les cours.
Il a ruiné des populations entières, organisé la
famine et la crise, et finalement, mis à feu et à sang,
des pays entiers, provoquant des milliers de morts. Sans compter la
corruption généralisée, qu'il a encouragée,
et parfois imposée. Ce type est une ordure. Un point c'est tout.
- Vous avez des preuves de ce que vous avancez ?
- Pas assez. Mais les résultats parlent d'eux même.
- Comment ça ?
- Lorsqu'il prend la direction de l'entreprise familiale, celle-ci est
au trentième rang mondial, au milieu d'une centaine de concurrents.
Vingt ans plus tard, trois groupes se partagent l'assiette d'un monde,
ou les famines voisinent avec la surproduction. Et ce qui vous semble
être un désordre, n'est en fait, que la conséquence
d'un ordre économique parfaitement maîtrisé et rentable.
En terme d'argent et de pouvoir. Au milieu de tout ça, trône
le roi Louis Blondel avec à ses côtés, le serpent
bonhomme, son frère, Charles Blondel. Cette famille est une famille
de tueur. Le pire que vous puissiez imaginer venant d'eux, n'est rien,
à côté de ce dont ils sont capables.
Je restai un moment sans rien dire. Les yeux de Verhove brillaient.
Au moins il y prenait du plaisir.
- Pourtant vous avez enquêté, et vous n'avez pas trouvé
grand-chose. Votre livre a été retiré de la vente,
et si j'ai bien compris, votre principale témoin charge s'est
rétractée.
- Que vous dites. Au contraire, j'ai prouvé que l'enquête
sur l'enlèvement était bâclée, puisque j'ai
sorti un tas de détails que la police n'avait même pas
voulu voir.
- Comme quoi, Monsieur Verhove ?
- Le fait que Blondel ait attendu quinze jours pour payer la rançon,
le fait qu'il ne s'entendait plus avec son épouse, son adolescence
de gauchiste chic, ses méthodes commerciales... Tout ce que je
dis dans ce bouquin est vrai. Jusqu'à aujourd'hui, personne n'a
osé l'ouvrir. Mais le vent a tourné, je le sens. Cette
ordure va sauter.
- Puisque vous étes si sur de vous, expliquez moi comment ce
type a réussi a passer entre les gouttes pendant plus de vingt
ans ?
- Drummont. Quand Blondel a pris la direction de l'entreprise familiale,
Drummont était ministre de l'intérieur et il chapeautait
la coopération. Trois ans après sa nomination, il s'est
signalé au chapitre "crapules de l'histoire", en menant
une répression violente contre les étudiants en grève.
Son propre fils défilait dans les rues, mais ça ne l'a
pas retenu d'envoyer la garde civile en arme se farcir les mômes.
Allez savoir comment, entre Drummont, le nationaliste populiste de droite
et Blondel, le gauchiste internationaliste chic, que tout opposait,
ça a tout de suite collé. Blondel a financé les
constructions politiques de Drummont, et ses ambitions sur la ville;
Drummont a mis ses flics et ses services spéciaux au service
de Blondel. Quand les conservateurs ont perdu le pouvoir, Drummont s'est
replié sur la municipalité, toujours financée par
Blondel. Et comme Drummont est tout sauf un ingrat, Blondel a reçu
sa part de gâteau en échange, y compris le monopole des
eaux.
- Rien ne prouve que Blondel est effectivement partie prenante du Consortium
des Eaux.
- Mes fesses, oui. Il y est. Comme il est copain comme cochon avec Andreotti,
le patron de la maffia. Vous verrez, ça finira par être
clair.
- Je veux bien. Mais pourquoi, subitement, tout ce joli système
prendrait-il le vent ?
- Les conservateurs ont passé dix ans dans l'opposition. Dés
qu'ils sont revenus aux affaires, Drummont a retrouvé son poste
de Ministere de l'intérieur. Il a aussi retrouvé ses vieilles
habitudes. Mais les temps ont changé. D'un côté,
on dirait que tous les magistrats du pays ne sont plus systématiquement
à la botte du gouvernement. Eux aussi veulent leur bout de gloire
et de pouvoir. Et aujourd'hui, il semblerait que ça soit plus
rapide en taillant des croupières aux ministres qu'en leur léchant
les bottes. D'un autre côté, les jeunes poussent, et je
suis certain que quelques-uns ne seraient pas fâchés de
faire tomber le vieux crocodile. En plus, Drummont a emmené avec
lui sa garde rapprochée. Ceux qui sont restés à
l'Hotel de ville, sont manifestement moins bons, dés qu'il s'agit
de noyer les poissons. Sans compter le poids des rivalités. Pour
l'instant, c'est le nouveau maire, qui est aussi l'ancien premier adjoint,
et l'ex. responsable direct de l'eau. Mais si lui saute, personne ne
sait vraiment ou ça s'arrêtera.
- Parlez-moi de la femme de chambre ?
- Sarah Maïer. Une Allemande. Israélite. Brune, grande,
assez belle fille et cultivée.
- Vous voulez dire pour une femme de chambre, ou cultivée tout
court ?
- Je veux dire parlant bien et manifestement intelligente.
- Est-ce vrai que vous aviez payé pour son témoignage
?
_ Bien sûr, et alors ? C'est une chose courante. Ça ne
veut pas dire qu'elle ait affabulé. Elle était au service
d'Eva Blondel depuis trois ou quatre ans. Elle entretenait avec sa patronne
des liens très étroits, voire de complicité. Elle
savait de quoi elle parlait. C'est d'ailleurs elle qui nous avait contactés
et qui avait insisté. Son témoignage était sans
ambiguïté.
- Quel était-il exactement ?
- Elle faisait état de disputes régulières, ou
revenait l'intention d'Eva Blondel de divorcer. L'une de ces disputes,
la dernière s'était terminée plus violemment que
les autres, et Blondel avait menacé de tuer son épouse,
si elle persistait à vouloir divorcer.
- Pourquoi cette Sarah Maïer avait-elle été renvoyée
?
- Officiellement, une sorte d'incompatibilité d'humeur avec la
gouvernante de l'époque, d'après ce que j'ai pu comprendre.
- Pourquoi s'était-elle rétractée, votre avis ?
- Je n'ai jamais très bien su. Elle pouvait être condamné
pour atteinte à la vie privée, mais je ne suis pas certain
qu'elle ait vraiment eut peur de ça. J'ai toujours pensé
qu'elle avait été soudoyée. Six mois plus tard,
j'ai essayé de la retrouver, elle avait disparu.
- Vous n'aviez pas poussé un peu ?
- Rien du tout. Au contraire. Je m'attendais passer devant les juges
et j'espérai que son témoignage serait plus violent au
prétoire que dans le livre.
Il était presque sept heures, et j'avais toute la ville à
traverser. Je prenais congé et je me levais. Verhove se leva
aussi et me serra la main.
- Faites la peau à cette ordure, De Sprague.
- Je ne suis pas payé pour ça...
- Accordez-vous un plaisir...
- N'y comptez pas trop.
- Dommage, me fit-il, Kertec prétend que vous êtes honnête.
- Ca m'arrive, Monsieur Verhove. Pas si souvent que ça, mais
ça m'arrive.
Un vent doux s'était levé, venant des cotes et du delta.
Une chape de pollution marron était tombée du ciel sur
les rues, mais la circulation était plus fluide. Je m'arrêtais
en chemin pour acheter deux sandwichs et une bouteille d'eau, et j'appelais
Vincent. Il était encore son bureau.
- Comment ça va, Louis ?
- Ca va
- Tu as une drôle de voix...
- Je suis juste un peu fatigué. Tu dors au bureau ?
- J'en suis pas loin.
- Tu peux me rendre un autre service ?
- Si je peux, bien sûr.
- Je voudrais faire analyser un échantillon de sang.
- Qu'est-ce que tu cherches ?
- Une substance quelconque. Capable de faire vomir; de donner des nausées.
Un truc qui pourrait se glisser sans trop de problèmes dans un
verre...
- Je vais voir ce que je peux faire. Tu peux déposer ça
dans ma boîte aux lettres ?
- Bien sûr. Comment vont les enfants ?
- On dirait que ça va. Je te rappelle quand j'ai tes résultats.
L'annonce des obsèques avait ramené une meute de journalistes
derrière les barrières Vauban qui entouraient le portail
des Blondel. Je réussissais à traverser ce petit monde
sans encombre, et je rejoignais Max dans la garçonnière
de Rivers. Il prenait l'air en haut de l'escalier.
- Comment ça se passe, Max ?
- Il dort.
- Parfait. Laisse-le dormir. Ferme la porte avant de faire de même.
Quand il se réveillera, explique-lui que c'est moi qui t'envoie.
S'il renâcle, dis-lui de m'appeler; je garderai mon portable ouvert.
Demain matin on va à des obsèques. Ne le quitte pas d'une
semelle.
- Qu'est-ce que tu crains ? Suicide ?
- Je n'en sais rien. Mais je sens qu'il est tout prêt de faire
une connerie. Fais attention, c'est tout.
- D'accord.
- Tu as le sang ?
Il me tendit deux tubes pleins d'un liquide noirâtre. Je les glissai
dans ma poche et je le laissais en train d'ouvrir son sac de sandwichs.
- Bon appétit, Max, à demain.
- Salut.
En sortant, je ne pu m'empêcher de passer au ralenti devant le
Château. Puis je prenais la direction du Hot One. Au passage je
glissais un des prélèvements de sang dans une petite enveloppe
que je déposai dans la boîte aux lettres de Vincent. Il
était presque dix heures quand je me garai devant le Hot One.
Le portier me salua et me laissa rentrer sans me faire passer par la
caissière. J'allai directement au restaurant. Le patron m'accueillit
avec un large sourire et m'installa en terrasse. Je commandai un poulet
grillé au citron et je regardai Zoro, alias Linda Zimmerman s'affairer
entre les tables. Elle était grande, mince, mais féminine;
ses déplacements tout en souplesse, exprimaient l'élégance
et la distinction. Je sirotais un verre de blanc glacé quand
mon téléphone de poche se mit à sonner. Elle était
plus rauque qu'à l'accoutumé, mais je reconnus la voix
sans peine.
- Monsieur De Sprague ?
- Bonsoir, Mademoiselle Blondel.
- Est-ce que je vous dérange ?
- Non.
- Je suis désolé de vous téléphoner si tard.
J'avais envie de parler quelqu'un... c'est si triste ici...
Elle semblait gênée. J'essayais de lui faciliter la tâche.
- Je vous comprends. Y a t'il autre chose, Mademoiselle Blondel.
- Est-ce que vous voulez bien m'appeler Tania ?
- Si vous voulez, bien que, personnellement, je trouve que "Mademoiselle
Blondel" vous sied plutôt bien. Que puis-je faire pour vous?
- Je ne sais pas... non, je ne crois pas... Il y a des choses que l'on
aurait dû vous dire, et que personne ne vous à dites...
- Je sais. Sans parler des mensonges.
- Je crois que je devrais vous parler...
- Voulez-vous que je passe chez vous ?
- Non.
- Je dîne au Hot One, venez m'y rejoindre.
- Non, je pourrais y rencontrer des connaissances...
- Je comprends. Vous connaissez la Casa Castro, sur le boulevard Kennedy,
du côté de la Cité Universitaire ?
- Oui.
- J'y serai dans trois quarts d'heure. Vous pouvez y venir ?
- Oui. Je coupais la ligne, en même temps que Zoro déposait
devant moi, une large assiette contenant un amas de petits bouts de
poulets, suffisamment grillés pour ne plus rêver de réincarnation,
entourés de maïs, de haricots rouges et de rondelles d'oignons
panés. Arrosé de blanc glacé, s'était plutôt
bon, et la serveuse faisait passer sans mal les réticences initiales.
Elle avait posé un violet sombre et brillant sur ses lèvres.
Sa peau, blanche, en semblait plus pâle encore. Elle portait le
même costume que la dernière fois, pantalon et gilet de
satin irisé, sur un chemisier blanc, le tout littéralement
collé à la peau, mais cette fois-ci, son costume était
lie-de-vin, et son loup de la même couleur. C'était d'un
effet garanti, d'autant qu'elle se déplaçait avec une
sorte de nonchalance calculée; droite et cambrée, la tête
haute comme posée sur un cou long et gracile. Je la suivais des
yeux tout en dînant, et le patron, qui avait repéré
mon manège vint vers moi. Il me tendit la main.
- Elle est merveilleuse, n'est-ce pas ?
- Le mot est faible. Ça ne la dérange pas de travailler
dans un costume pareil ?
- Non. C'est même elle qui en a eu l'idée; au début,
juste pour une soirée exceptionnelle, puis elle s'est prise au
jeu.
- Elle finit tard ?
- Le restaurant ferme à deux heures. Après, si vous avez
une petite faim, on sert des tapas au comptoir.
Puis il ajouta d'un air malicieux :
- Malheureusement, trop belle pour vous ou moi, Monsieur De Sprague.
- Pour qui alors ?
Il leva les yeux au ciel et haussa les épaules.
- Le Prince Charmant...
- Mark Rivers ?
Une lueur de surprise traversa son regard.
- Pourquoi dites-vous cela ?
- Ca ferait un beau couple
- Où voulez-vous en venir ?
- Je disais ça comme ça.
Il me regarda avec l'air du gars, qui vient de se rendre compte que
quelqu'un a pissé dans son verre, alors qu'il avait le dos tourné.
- Vous êtes bizarre me fit-il, finalement.
- Vous voulez dire que j'ai l'esprit tordu ?
- Non, je veux dire que vous êtes bizarre, tout simplement.
Il se leva et ramassa ma fiche au passage.
- Bonsoir, Monsieur de Sprague. Vous êtes mon invité.
J'eus le sentiment que, s'il s'était senti le droit d'ajouter
"mais ne remettez pas les pieds ici", il l'aurait fait avec
plaisir.
Constater qu'on n'est pas aimé n'a jamais remonté le moral
de personne. La journée avait été dure, longue,
et sans tendresse, et, j'en avais ma claque d'être pris pour une
nouille. Je laissais là mon assiette à moitié pleine,
et je quittai l'endroit, en essayant d'avoir l'air moins minable que
je ne me sentais.
Personne ne me dit au revoir, et ça tombait plutôt bien.
Pour tout arranger, j'avais laissé la 911 Targa décapotée,
et un orage avait traversé le ciel. Je remettais le hard-top,
j'essuyais mon siège et je prenais la direction de la citée
universitaire. A cette heure-ci, le trajet, qui dans l'après-midi
aurait put prendre plus d'une heure, se faisait en dix minutes. La Casa
Castro était installée à un carrefour. Elle occupait
tout l'espace situé entre deux rues.
Un palmier en néon jaune clignotait dans la nuit sur un toit
en fausse tôle ondulée. Le bar était plutôt
exigu et, l'été, il débordait sur une cour entourée
d'une haie verte, qui donnait directement sur le parking. On était
samedi soir; l'endroit était bourré d'étudiants,
qui venaient là, commencer leur nuit en douceur. Je dénichai
un bout de trottoir pour y glisser ma voiture. La terrasse était
bondée mais l'intérieur réservait plus de calme.
Je m'installais dans une alcôve bien en vue de l'entrée,
plutôt éclairée, et suffisamment loin des baffles
pour pouvoir envisager une conversation. Elle arriva quelques minutes
après moi, vêtue d'un jean, d'un maillot noir et d'un blouson
de toile bleu. Elle semblait décoiffée. Un trait noir
approximatif soulignait ses cils. En quelque sorte, elle s'était
déguisée en étudiante.
Elle se posa sans un mot sur le fauteuil informe en face de moi et alluma
une cigarette. J'étais fatigué. Elle le semblait aussi.
Le garçon s'approcha et prit nos commandes. Je demandais une
Tequila et elle hésita avant de se décider pour une Margarita.
Suite
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