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LE ROMAN


QUE LE FOSSE L'ABSORBE
LOUIS DE SPRAGUE, DETECTIVE PRIVE
PATRICK COUTIN

Chapitre I

   

Chapitre II

         

Chapitre III

       

Chapitre IV

           

Chapitre V

       

Chapitre VI

             

Chapitre VII

               

CHAPITRE II (4)


Je conduisais jusqu'au porche du Château, garais ma voiture et suivais le valet qui m'ouvrit la porte du petit salon jaune. Rivers me fit poireauter dix minutes avant de me rejoindre. Il avait une mine de papier mâché, et bien que j'eusse l'impression qu'il avait déjà pas mal picolé, la première chose qu'il fit, fut d'ouvrir un bar camouflé dans le mur, d'en extraire deux verres, un saut à glace et une bouteille de single malt. Il se laissa tomber sur le fauteuil en face de moi.
- Je suis crevé, me fit-il. La police m'a gardé quatre heures. On nous a rendu la dépouille de Nancy. Je commence à réaliser ce qui nous arrive...
- Je peux faire vite si vous me répondez net...
- Allez-y.
- Pour quelles raisons avez-vous arrêté votre carrière?
- Je voulais me consacrer à Nancy.
- L'un empêchait l'autre ?
- Je l'avais promis... J'en avais marre de faire le clown. Mon père m'a éduqué, si l'on peut dire, dans le respect de la musique. J'ai fait des disques qui ont vendu, mais de vous à moi, c'était de la merde. Tout a toujours marché pour moi, mais j'ai été artiste d'acteur avant d'apprendre ces métiers. Depuis pas mal de temps, je désirais m'arrêter et prendre le temps de vraiment travailler la musique et l'instrument. C'était une des raisons. Lorsque j'ai rencontré Nancy, je buvais beaucoup, elle aussi, sans parler de diverses drogues... On a décidé de s'en sortir à deux, de changer de vie...
- Ca a marché ?
- Au début oui.
- Que prenait-elle ?
- De l'héroïne, de la cocaïne, de tout et de n'importe quoi....
- Accrochée ?
- Quand on se défonce tous les jours, je considère qu'on est accroché. D'une manière ou d'une autre.
- Elle se piquait ?
- Non. Je ne pense pas...
- Elle avait repris ?
- Je ne crois pas.
Ce qui était sans doute vrai, le légiste aurait trouvé des traces d'héroïne dans son sang.
- Comment se fait-il que vous en soyez arrivé à vous séparer ?
- L'ennui, je suppose. Nancy comme moi, nous avons vécus une existence pleine de changements, d'émotions, de surprises et d'excitation. Au début nous avons cru qu'une vie plus calme, plus sereine, nous irait. Ce fut le cas les premiers mois. Et puis, petit à petit, on s'aperçoit que l'on est pas préparé pour ça. Alors l'autre, celui qui a été le témoin de votre tentative ratée de changer devient dérangeant. Et c'est le début de la fin...
- Comment se fait-il que votre femme soit tombée enceinte ?
- Nous avons voulus avoir un enfant dés notre mariage, mais ça n'a pas marché. Nancy en avait déduit qu'elle n'en aurait jamais. Elle refusait de voir un médecin ou de se faire examiner. Il y a six mois, nous avons commencé à parler de divorce. Il y a environ trois mois, nous avons passé la soirée à discuter des modalités du divorce avec son père. C'est une sorte de discussion pas très agréable. Je ne sais pas pourquoi, mais ça nous à rapproché, et le soir même, nous avons dormi ensemble... Deux semaines plus tard, elle était enceinte.
- Qu'elle a été sa réaction.
- Elle en a été plutôt perturbée.
- Qui a décidé de garder l'enfant ?
- Personne. Nancy, je pense, n'aurait même pas accepté de parler d'avortement. Moi non plus d'ailleurs...
- Est-ce que cela a remis en cause votre volonté de divorcer ?
- Non. Enfin chez Nancy, non, au contraire. Chez moi, c'était différent...
- Comment ça au contraire?
- Au fil des jours, elle s'est épanouie, ces derniers jours, elle était particulièrement belle. Je crois qu'elle aimait l'idée d'être seule et responsable de la vie d'un enfant.
- J'ai entendu parler d'un accord négocié entre vous et votre belle-famille...
- C'est vrai. Du moment où Nancy a attendu un enfant, il n'était pas question que je parte comme ça. Après tout, c'était aussi de mon enfant qu'il s'agissait.
- Sur quoi portait la négociation ?
- Je ne voulais pas divorcer avant la naissance. Je voulais garder un droit de décision sur tout ce qui concernait l'enfant, la possibilité de le voir quand je voulais et d'habiter à proximité.
- C'est tout ?
- Non. Le testament de la mère de Nancy prévoyait que ses enfants hériteraient d'une partie de ses biens à leur majorité, et d'une autre partie pour leurs vingt huit ans. L'essentiel de cet héritage était composé de parts sociales de Blondel Agro Industries. Nancy et Tania ont déjà chacune hérité de sept pour cent. Les quatorze pour cent restants étant détenus par leur père, jusqu'à ce qu'elles aient vingt-huit ans. Nancy aurait eu vingt-huit ans dans six mois. Je demandais que les sept pour cent du groupe qui lui revenaient me soient remis. Je m'engageais à les rendre en totalité à notre enfant dès sa majorité.
- Pourquoi cette exigence ?
- Si vous connaissiez les Blondel, vous sauriez la difficulté d'exister en face d'eux... 7 % du groupe, ça me semblait un minimum, pour être entendu...
- Ou en étiez vous de vos négociations ?
- Nous étions en train de tomber d'accord. Nancy de toutes façons me soutenait, et sa volonté seule aurait suffi.
- Son père était d'accord ?
- Non. Mais je pense qu'il n'avait pas le choix.
- Quel genre de relations avez-vous avec votre beau-père et son frère?
- Bonnes, en général. Distantes et courtoises avec Louis. Il pense que je perds mon temps à jouer les artistes. Il aurait sans doute eu plus de respect pour moi si j'avais réussi à tenir sa fille. Charles est plus doux...
- Une dernière question, que devient la fortune de Nancy ?
- Nous étions mariés sous le régime de la séparation. Tania hérite de 7 %. Et Louis Blondel garde la gestion des14 % de parts qui, maintenant, reviendront à Tania pour ses vingt huit ans.
- Vingt-huit pour cent du groupe Blondel, le jour de ses vingt-huit ans...
- Oui. Et quarante-deux pour cent, le jour où son père meurt!
- Et si son oncle venait à disparaître ?
- Je n'en sais rien. Mais il y a fort à parier, que Louis et Tania hériteraient. Les Blondel ont horreur de la dispersion...
Il n'avait pas touché à son verre, moi non plus. Je regardais ma montre, il était un peu plus de dix heures.
- Qu'allez-vous faire maintenant, Monsieur Rivers?
- Je ne sais pas...
Il regarda ses genoux et soudain éclata en longs sanglots.
Je me levais, et, sans un mot, en faisant le moins de bruit possible, je quittais la pièce, la maison Blondel, le parc Blondel et je rentrai chez moi.
Une chose était sure. Mark Rivers avait peut-être tué sa femme, mais il l'aimait encore.

Chapitre III

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