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QUE LE FOSSE L'ABSORBE
LOUIS DE SPRAGUE, DETECTIVE PRIVE
PATRICK COUTIN
Chapitre
I |
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Chapitre
II |
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Chapitre
III |
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Chapitre
IV |
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Chapitre
V |
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Chapitre
VI |
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Chapitre
VII |
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CHAPITRE II (2)
Je finissais mon sandwich tranquillement en parcourant la presse du matin.
Tous les journaux, faute de grain à moudre, s'étaient rabattus
sur le passé, la fortune, la vie, les frasques et les cancans concernant
la dynastie Blondel. L'Indépendant, qui était généralement
le plus démagogue, n'échappait pas à ses traditions.
Un papier était entièrement consacré aux six coupés
ou cabriolets de luxe détruits par Nancy Blondel. Un autre disséquait
la vie d'artiste ratée de Mark Rivers. Un troisième, le
plus lourd de sous entendus, racontait par le menu, le destin lamentable
du second mari de Nancy Blondel, champion de surf rencontré sur
une plage des Antilles, marié six mois avec la jeune milliardaire,
avant d'être littéralement expulsé par la famille,
et de sombrer dans la drogue et le trafic de stupéfiants, pour,
finalement, mourir en prison, dans des circonstances douteuses.
Décidément, les Blondel formaient un groupe de personnes
fascinantes.
Je quittais le bar de Kosecki, une heure plus tard, avec le pressant de
besoin de marcher sur le bitume fondu. En moins de dix ans cette partie
de l'ancienne ville avait été rasée pour laisser
la place à un quartier d'administration et de sièges d'entreprise,
ou les parkings souterrains, avoisinaient de gigantesques grattes ciels
de métal et de verre. A chaque fois que j'y venais, j'étais
saisi d'un étrange vertige.
Je repassais par le bureau et classais les coupures de presse du jour
dans le dossier Rivers, puis je repris la route du Hot One. J'arrivais
au chemin de pierres vers les six heures, je le dépassais, et je
trouvais, peu plus loin, un coin pour garer mon auto. Je continuais à
pied jusqu'au chemin qui descendait du Hot One et après quelques
centaines de mètres de grimpette, j'en atteignais le parking, en
sueur. De jour, l'endroit semblait plus petit. Trois voitures étaient
déjà garées; j'arrivais peut-être un peu tard.
Un bosquet de cyprès tranchait par sa verdeur noirâtre dans
la végétation rase qui entourait le club. Je m'y dissimulais,
un carnet de notes et un crayon à la main. Au moins j'étais
à l'ombre. Une dizaine de voitures arrivèrent qui ne m'intéressaient
pas. La bonne fut une Coccinelle décapotable noire. La personne
qui en descendit était grande, mince, brune, remarquablement cambrée,
sa peau était laiteuse, et, même à cette distance,
je pouvais deviner l'éclat de ses yeux vert amande. Je notais le
numéro du véhicule, j'attendis dix minutes, et je redescendais
le chemin. Je repris ma voiture, faisais demi-tour et revenais au Hot
One. La porte était fermée, je sonnais et un gars muni d'un
balai vint m'ouvrir.
- Qu'est-ce que vous voulez ? me demanda-t-il, avec l'air de quelqu'un
que l'on vient déranger au beau milieu d'une tache d'importance.
- Voir le patron.
- Vous avez rendez-vous ?
- Non.
J'essayais de lui passer ma carte. En vain.
- Il est pas la.
- Sa Mercedes est dehors, et je commence à en avoir marre de cette
discussion. Passez-lui ma carte et dites-lui que je viens le voir de la
part de monsieur Rivers.
Il ne m'aimait pas. Je ne suis pas sûr que ma soudaine fermeté
de ton y fut pour quoi que se soit, mais il pris ma carte, me claqua la
porte au nez, et il revint cinq minutes plus tard, avec le petit homme
souriant, au teint olivâtre, et aux épais cheveux argentés,
que j'avais vu la veille, servir au restaurant.
- Bonjour, Monsieur De Sprague, je suis Sam Burnett, le gérant.
Je suis aussi un ami de monsieur Rivers. Que puis-je pour vous ?
- Ca ne sera pas long. Justes quelques questions.
- Entrez, nous serons mieux à l'intérieur.
C'était vrai. A cette heure, l'air conditionné marchait
à plein, il faisait frais. Nous avançâmes jusqu'au
restaurant, et il s'assit à une table. Je l'imitais et j'attaquais
bille en tête.
- Est-ce là le seul téléphone public du club ?
- Oui
- A qui sert-il ?
- Aux clients, aux employés, à qui veut...
- Est-ce que c'est principalement pour appeler, ou pour recevoir des appels
?
- Plus pour appeler que pour recevoir.
- Combien d'appels recevez-vous chaque soir ?
- Difficile à dire. Les trois quarts du temps c'est des sortes
de rendez-vous téléphoniques. Un client attend qu'on l'appelle
à une heure précise, et il décroche dés que
sa sonne. Le reste des appels, c'est pour les employés ou les habitués.
Le premier qui passe à côté décroche et va
chercher la personne demandée.
- Si j'ai bien compris, vous passez une bonne partie de la soirée
à côté de l'entrée du restaurant. Vous décrochez
donc assez souvent ?
- Plus souvent que les autres... sans doute.
- Vous souvenez-vous d'un appel, avant-hier soir, vers minuit et demi?
- Non. C'est un peu l'heure du coup de feu au restaurant. On est plutôt
occupé. La police m'a déjà posé cette question.
- Je m'en doute. Rien qui vous revienne ?
- Non.
- Mark Rivers vient souvent ici ?
- Presque tous les soirs.
- Pourquoi, à votre avis ?
- Il aime le blues, et nous sommes un des meilleurs clubs de blues et
de jazz du monde.
- C'est la seule raison ?
- Qu'est-ce que vous voulez dire par là ?
- Est-ce qu'il y a des personnes à qui il parle plus souvent qu'à
d'autres ?
- Vous travaillez pour lui ou contre lui ?
- Je travaille pour lui. Mais je me dois de trouver avant les autres tout
ce qui pourrait être trouvé contre lui.
- Je vois... Non, le personnel le connaît bien et il est amical
avec tous. De temps en temps, on bavarde un peu, lui et moi.
- Vous l'avez vu, dimanche soir ?
- Bien sûr, c'est moi qui l'ai soigné après son agression.
- Comment vous semblait-il ?
- Comme quelqu'un qui vient de subir une forte émotion. Plutôt
bouleversé.
- Il saignait beaucoup ?
- Non, à peine. Il avait surtout une belle bosse. Je lui ai fait
une compresse de glace.
- Qu'est-ce qu'il a fait ensuite ?
- Il est resté dans mon bureau une demie heure, et, aux environs
de deux heures du matin, il s'est assis au bar. Il est parti vers les
quatre heures.
- J'ai cru comprendre qu'il jouait parfois ici ?
- Il participe à des jams assez souvent.
- Il est bon ?
- Techniquement, il est en train de devenir très fort. Depuis quelques
années, il travaille exclusivement Django Reinhart. Pour l'instant,
il est encore un peu dominé dans son expression, mais un de ces
jours il va dépasser tout ça, ses influences, et je crois
qu'il sera extraordinaire.
- A ce point là ?
- Je sais de quoi je parle.
- Je n'en doute pas. Je vous remercie, Monsieur Burnett.
Je prenais congé. Il était presque huit heures. Sur mon
chemin, je téléphonai à Vincent, un ami, enquêteur
dans une compagnie d'assurance et je lui communiquai le numéro
de la Coccinelle mauve. J'avais besoin du nom et de l'adresse du propriétaire.
Puis, je fit le numéro du portable de Mark Rivers. Je tombais sur
sa messagerie et lui demandais de me rappeler.
La douche me fit du bien, et les vêtements propres presque autant.
Rivers m'appela vers les neuf heures. Il avait l'air déprimé.
- Bonsoir, Monsieur Rivers. Comment allez-vous ?
- Ca va.
- J'ai besoin de vous voir.
- J'ai passé la journée à répondre à
des questions.
- Je sais, et, pour l'instant, vous êtes libre. Ça ne veut
pas dire que votre situation s'est améliorée. Vous le savez
aussi bien que moi.
- Le corps de Nancy nous a été rendu ce soir. Vous voulez
passer au Château ?
- Je serai là dans trois quarts d'heure.
- Je préviens la porte.
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