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LE ROMAN


QUE LE FOSSE L'ABSORBE
LOUIS DE SPRAGUE, DETECTIVE PRIVE
PATRICK COUTIN

Chapitre I

   

Chapitre II

         

Chapitre III

       

Chapitre IV

           

Chapitre V

       

Chapitre VI

             

Chapitre VII

               

CHAPITRE II (1)

"Ils disent que c'est un lundi de pluie,
mais le mardi n'est pas mieux "
(Stormy Monday - T. Bone Walker)


Je dormis mal, donc je me levai de mauvais poil.
Je commençais par appeler Kosecki, qui, a en croire son ton de voix n'avait pas reposé de son meilleur sommeil, non plus.
- Qu'est-ce que tu me veux, Louis ?
- Je voudrais passer te voir vers les une heure. Est-ce que tu auras déjà quelques résultats ?
- J'en sais rien. Pointe-toi chez le rital, en face de la police judiciaire. Si j'ai le temps de bouffer un sandwich, c'est là que j'irais.
- À quelle heure as-tu convoqué Rivers ?
- Seize heures trente. Je vais pas avoir assez de place dans mon bureau, pour son staff d'avocat.
- Tu touches à la gloire, Jo. Avec un peu de chance il va te dédicacer une photo.
Il me raccrocha au nez, du plus fort qu'il pu. Comme je considérai que ma matinée était déjà gâchée, je fus simplement heureux de l'avoir mis sur les nerfs.
Je tuais le temps comme je pouvais. J'ouvris un dossier "Mark Rivers" que je datais. J'y rangeais mes premières notes de frais ainsi qu'un feuillet manuscrit où je notais de façon sommaire mes faits et gestes de la veille.
Vers les onze heures, je me décidais à affronter la fournaise. Je passais voir mon banquier, au coin de la rue. Un rapide examen du chèque de Rivers, lui permit de saisir dans la seconde, de quoi il retournait. Il me fit comprendre, que ce n'était pas pour autant, une raison d'imaginer que mon découvert bancaire était extensible. Je gardais de ma jeunesse marxiste, une haine solide des banquiers, que celui-ci entretenait avec talent, et, sans doute délectation. Je pris un peu de liquide, qu'il me concéda en reniflant ,et je sautais dans un taxi, direction la Police judiciaire, où il n'était pas question d'espérer trouver une place pour se garer. Chemin faisant, je faisais stopper mon véhicule, et j'achetais les journaux du matin. Tous titraient sur le meurtre.
J'arrivais au bistrot de Kosecki en avance. Il y fit son entrée vingt minutes plus tard. Son faciès projetait un message clair : pas question de lui chercher des poux dans la tête.
Je m'étais trouvé un coin ombragé en terrasse, et j'étais assez heureux de profiter d'un maigre souffle d'air tiède. Il me fit signe de le suivre à l'intérieur ou il choisit sans hésiter la table là plus proche des pissotières.
Le serveur qui devait avoir l'habitude de son client se précipita sur nous. Kosecki commanda un sandwich au pastrami et une bière, j'en fit autant.
Depuis que sa femme l'avait quitté, il avait rajouté quinze kilos sur ses quatre vingt. Du coup il transpirait ferme, même au plus dur de l'hiver.
- Putain de climat, fit-il, en me jetant un regard féroce.
- Vous avez raison inspecteur. Ce temps là me fiche en l'air tout pareil.
- Pas autant que moi, Louis, pas autant que moi.
- C'est à cause du fleuve...
- Faut le croire. Du fleuve et des lagunes. Explique-moi un peu, ce que des millions de personnes, viennent foutre dans un coin pareil, au milieu des marécages, des industries et des moustiques...
- C'est un mystère.
- tu l'as dit, un putain de mystère, pas étonnant qu'après ça, ils s'entre-tuent...
- Que dit le labo ?
- Le labo ? ah ouais. Le labo. Le labo dit que c'est A négatif. Ton client est A négatif.
- 40 % de la population est A Négatif.
- Oui. Mais il n'y a pas 40 % de la populace mariée avec la victime, et qui se trimbale avec des traces de lutte sur le visage.
Il marquait un point, pourtant il ne paraissait pas si sûr de lui.
- Et quoi d'autre Jo ?
- Les empreintes sur le téléphone, et le couteau sont celles de Mark Rivers et de Nancy Blondel. On a quelques empruntes inconnues, mais elles semblent assez vieilles. La bague qui était au doigt de la victime était une sorte d'anneau tressé en or, qui venait de la mère de Rivers, et qui avait fait office d'alliance.
- C'est tout ?
- Les téléphones. Il y a les téléphones.
- Ca a été vite, pour les téléphones.
- Oui, faut dire qu'on leur laisse guerre le choix. D'autant qu'il n'y a pas grand-chose.
- Qu'est-ce que tu veux dire par là ?
- Entre minuit et six heures quarante-cinq, il y a eut sur les vingt lignes de la propriété Blondel, et les huit lignes sans fil appartenant aux membres de la famille, en tout et pour tout, un seul appel.
- Un seul ?
- Oui mon gars. A minuit trente-cinq. L'appel venait de la maison de Nancy Blondel.
- Et où est-il arrivé ?
- Je te le donne en mille. Au Hot One.
- Merde.
- Tu l'as dit, Louis, merde. Nancy Blondel a été étranglée aux environs de minuit trente, et a priori, c'est Mark Rivers qui reste le mieux placé pour avoir passé ce coup de fil. Ton client y est jusqu'au cou.
- Qui a reçu le coup de fil, Jo ?
- On ne sait pas encore. C'est le numéro de la cabine publique du Hot One. Personne ne se rappelle d'un appel particulier. Ça sonne pas mal sur cet appareil...
- Tu veux dire que tu n'as pas grand-chose, Jo ?
- J'ai tout ce qu'il me faut. Encore un peu de temps et j'aurai le reste.
- Alors tu vas mettre Rivers en prison ?
- Je sais pas encore.
- Tu essayes de me bluffer Jo. De toi à moi, je suis prêt à parier que tu as reçu un coup de fil d'en haut, te disant de ne boucler du beau linge qu'a coup sûr... C'est pour ça que tu fais cette gueule. Tu le bouclerais avec plaisir, le Rivers...
- Va te faire voir, Louis.
J'avais touché juste. Je connaissais Kosecki. Ce qui l'embêtait ce n'était pas tant le fait que son faisceau de preuves soit un peu plus Léger qu'il ne l'avait imaginé. Non, ce qui le mettait en rogne, c'était de ne pas pouvoir suivre sa stratégie favorite, qui consistait à appuyer sur la tête du suspect, jusqu'au moment ou celui-ci se déballonne. Et tout ça, parce que l'affaire était sensible. Or Kosecki n'aimait ni les riches, ni les gens de pouvoir. Il se contentait de les craindre. Et sa peur devenait panique dés qu'il se sentait traqué.
Je décidais de pousser mon avantage.
- Je trouve ça un peu gros, le coup de fil au club de Rivers, pile à l'heure du crime.
- Et pourquoi ça, un peu gros ? Rivers et sa femme se disputent pendant le dîner. Elle part la première, il la rejoint, il l'a tue, mais elle se débat et lui amoche le visage. Il téléphone au Hot One, met sa petite mise en scène au point, et l'exécute. Qu'est ce qui te va pas la dedans ?
- Un tas de choses, Jo. Notamment le fait que si ça c'est passé comme ça, on est devant un meurtre maladroit et sans préméditation. Avec de bons avocats, il fera trois ans ferme, et encore. Même si dans la panique, il a fait comme tu dis, à l'heure qu'il est, ses avocats l'ont mis au courant. Si ce que tu dis est vrai, dans deux heures, en appuyant un peu, il passera aux aveux. Moi, je te parie que ça ne sera pas le cas. De touts manières, je ne crois pas que ça serait une bonne chose de le foutre au trou maintenant. Je crois qu'il faut un peu de temps pour que cette histoire se décante...
- Tu me donnes des conseils, maintenant ?
- Non, Louis, je te dis juste ce que j'en pense. Tu sais comme moi qu'il y a tout un paquet de choses à venir ou à voir. Sans parler des ADN. Pour qui était ce coup de fil au Hot One ? A qui profite le crime ? Avec qui Nancy Blondel fricotait-elle ? Et je suis sûr qu'on trouvera d'autres questions sans réponses.
- Tu as peut-être raison, me concéda-t-il.
- Un peu, que j'ai raison. Moi, je te parie que d'ici une semaine, tout le monde voudra voir Rivers plaider coupable. Mais, en attendant, c'est trop tôt..
- Tu m'accuses de quoi ?
- De rien. Je penses que t'es le genre de flic à vouloir pincer les coupables. Mais je suis pas certain que tes patrons aient la même envie. Alors si ta hiérarchie te donne une chance de faire ton boulot sans le savoir, je crois que tu devrais la saisir.
- Facile à dire.
- Quand est-ce que le labo rend le corps ?
- Ils ont fini. Ce matin je crois.
- J'ai cru comprendre que les obsèques auront lieu aussitôt que possible.
- Je sais.
- A quelle heure ouvre le Hot One ?
- Sept heures. On n'a eu que le patron et la vestiaire pour l'instant. Le patron passe la majeure partie de la soirée au restaurant. Les trois quarts du temps c'est lui qui décroche le téléphone public, quand il y a des appels. Il se souvient de rien. Je pense qu'on fera chou blanc avec ce coup de fil...
Il s'enfila son sandwich au pastrami en quatre bouchées, fit suivre le même chemin à sa bière et se leva l'air décidé.
- J'ai une après-midi de merde qui attend, Louis. Comme tu me dis rien, j'en déduis que tu sais rien de plus que moi. Ah, autre chose, je sais que tu adores fouiller la merde. Cette fois-ci, je te conseille de regarder ailleurs. On travaille sur un assassinat, rien qu'un assassinat, pas l'histoire du monde et de la société. Tu m'as compris Louis ?
- Tu veux dire qu'il ne faut pas déranger les Blondel, ton ministre et le reste du monde?
- Je veux juste dire qu'il faut que tu fasses gaffe. Personne n'a envie que cette affaire prenne des dimensions incontrôlables. On cherche le coupable d'un crime. Un point c'est tout.
- Bigre, c'était un sacré coup de fil, que tu as reçu ce matin...
- C'était pas un coup de fil. Je me suis retrouvé dans le bureau du ministre. Tu as déjà vu un sale con de près, Louis ?
- Oui inspecteur, peut être pas le même genre, mais j'en ai déjà vu.

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