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LE ROMAN

QUE LE FOSSE L'ABSORBE
LOUIS DE SPRAGUE, DETECTIVE PRIVE
PATRICK COUTIN

Chapitre I    
Chapitre II          
Chapitre III        
Chapitre IV            
Chapitre V        
Chapitre VI              
Chapitre VII                

CHAPITRE I (4)


Je me relevai et je rejoignais Mark Rivers sur la terrasse.
Il semblait s'ennuyer ou être ailleurs. J'allumais une cigarette et lui tendait le paquet.
- Je vous remercie, je ne fume pas.
- Votre femme fumait?
- De temps en temps. Des brunes sans filtre, elle se servait d'un fume-cigarette.
- Est-ce qu'elle avait toujours ce fume-cigarette sur elle ?
- Je suppose. Elle devait le garder dans son sac. Est-ce que ces questions veulent dire que vous travaillez pour moi, Monsieur De Sprague?
- On dirait. J'ai des tas d'autres questions à vous poser. Mais il faut que vous sachiez que vous êtes en première ligne. Donc, à votre place, je contacterai d'emblée mon avocat...
- C'est fait.
- Qui est-ce ?
- Botherel et Associés. Il ne put s'empêcher de sourire.
Je ne relevais pas.
- Racontez-moi votre journée d'hier.
- J'ai passé la journée ici, à flâner devant la télé. C'était un de ses dimanches... A six heures Nancy et moi, nous sommes montés au Château. C'est ainsi que nous appelons la maison principale du parc, la demeure de mon beau père. Nous nous y retrouvons d'ordinaire tous les dimanches. Il faisait chaud, nous avons pris l'apéritif, à coté de la piscine, je me suis baigné, puis nous sommes passés au salon et à table vers les huit heures trente.
- Qui était la?
- Mon beau père, sa femme Carole, Charles, son frère, Tania Blondel, ma belle-soeur et son fiancé, Thomas.
- Comment s'est passée la soirée ?
- Comme un dimanche chez les Blondel, sous le regard du Patriarche. Nous avons d'abord parlé des courses de l'après-midi, ou mon beau père avait fait bonne figure, puis nous avons discuté de choses et d'autres. Tania revenait de l'exsition Matisse, Thomas part pour Harvard à l'automne, Charles se tait, Carole pense que Louis devrait changer de tailleur, puis la discussion a dévié sur le rôle de la femme dans la société actuelle. Nancy et moi nous avons trouvé le moyen de ne pas être d'accord sur le sujet, et nous, nous sommes parlé plutôt durement. Vers minuit, elle a décidé de rentrer se coucher. Je suis resté un quart d'heure et je suis parti.
- Où êtes-vous allé?
- Au Hot One, un club de jazz et de blues. J'y suis arrivé un peu après une heure du matin.
- C'est là que vous avez été agressé?
- Oui, je descendais de ma voiture quand une femme ivre s'est jetée sur moi avec une bouteille à la main. J'ai évité le premier coup et j'ai essayé de lui attraper le bras, elle m'a griffé avec l'autre main, puis elle a réussi à me frapper. Je me suis écroulé, et j'ai dû mettre une minute à me relever. J'ai entendu une portière claquer et une voiture partir sur les chapeaux de roue, phares éteints.
- Combien de personnes dans la voiture?
- Impossible de le dire. Il faisait vraiment très noir.
- Pouvez décrire la femme qui vous a agressé ?
- Un mètre soixante-quinze, cheveux châtains ou roux, plutôt robuste, ivre sans doute.
- Est-ce qu'elle a parlé ?
- Elle a répété plusieurs fois "ordure" dans une sorte de murmure rauque, assez inquiétant. C'est ce qui m'a fait penser qu'elle était ivre.
- Etes-vous sûr de ne l'avoir jamais rencontrée auparavant ?
- Quasiment certain.
- À combien de mètres de la porte du club étiez-vous?
- Une cinquantaine... pas très loin de l'entrée du stationnement.
- Qu'avez-vous fait après vous être relevé?
- J'ai regardé la voiture partir et je me suis aperçu que je saignais. J'ai marché vers l'entrée et le portier et venu vers moi. Il m'a soutenu jusque dans un bureau, ou l'on m'a soigné, et ou j'ai attendu que ça aille mieux. Puis je suis allé au bar ou je suis resté jusqu'à quatre heures du matin. J'ai repris ma voiture et je suis rentré dormir ici.
- Comment ça, ici ?
- Depuis quelque temps j'occupe un studio au dernier étage du club house des écuries. J'ai été réveillé par Charles, qui m'a annoncé le décès de Nancy.
- Qu'alliez-vous faire dans ce club ?
- J'y vais souvent. La musique y est très bonne. Ils reçoivent les meilleurs musiciens de jazz et de blues. D'ailleurs, je vais devoir vous quitter, c'est l'heure de mon cours de guitare.
Il était assez fier de lui. Il devait s'imaginer qu'un type qui perd sa femme dans la journée et qui n'annule pas son cours de guitare pour autant, est à deux doigts d'atteindre le panthéon des artistes. A moins qu'il n'ait simplement eut envie de provoquer, ou de passer pour un salaud.
- Une dernière question; êtes-vous parti directement du dîner au club ?
- Non, je suis passé à l'appartement. J'avais été un peu dur avec Nancy et je voulais m'excuser.
- Ce que vous avez fait ?
- Oui. Elle regardait la télévision, nous avons bu un verre, je lui ai dit que malgré les moments difficiles