![]() Louise Music
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LE ROMAN |
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Chapitre I |
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Chapitre II |
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Chapitre III |
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Chapitre IV |
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Chapitre V |
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Chapitre VI |
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Chapitre VII |
Ce n'était
pas un lundi de pluie, mais c'était du pareil au même.
Il faisait chaud, humide, comme dans un vrai mois d'août, et nous
n'avions pas eu autre chose que des vrais mois d'août depuis une
bonne décennie.
Tous les ans, je décidais de faire installer la climatisation,
dans la pièce lugubre qui me servait de bureau, et, tous les
ans, quelque chose arrivait; qui m'empêchait d'aller au bout de
mes ambitions.
Jusqu'à ce lundi matin, on pouvait espérer que ce soit
pour cette année. J'avais passé l'été à
ne pas faire grand-chose, si ce n'est glaner quelques jobs de remplaçant
en sécurité dans les grands magasins. Juillet avait été
calme. Août s'annonçait mortel.
J'étais arrivé tard au bureau. La boîte aux lettres
était vide, le répondeur était vide et mon voisin
de palier, gynécologue de son état, avait pris ses quinze
jours de congés annuels. Aucune femme ravissante et rougissante
d'inquiétude ne frappait plus à sa porte depuis deux semaines.
Je me servais un café, sans prendre la peine de laver le bol
de la veille, et, installé dans mon fauteuil de cuir flambant
neuf, le seul luxe du lieu, je dépliai le journal. Elle faisait
la une, ce qui n'était certes pas à la portée de
tout le monde en cette période estivale, mais presque.
Au dessus de la photo souriante d'une jeune femme d'environ 25 ans,
le titre s'étalait en lettres aussi grosses que possibles : "Nancy
Blondel assassinée - le meurtre atroce et mystérieux de
la fille du magnat de l'agro-alimentaire".
J'avais rencontré Nancy Blondel quelques années auparavant.
Je lui avais servi de garde du corps, alors qu'elle paradait dans un
bal princier, couverte des bijoux de la famille. Je l'avais trouvée
riche, cinglée, trop maigre et au final, plutôt attirante.
Je crois qu'elle n'avait rien pensé de moi, à condition
même qu'elle se soit aperçue de ma présence. Depuis,
pas mal d'eau avait coulé sous les ponts, et malgré les
événements et autres anecdotes de la vie, qui, sur le
moment semblent si importants, finalement, pas grand-chose n'avait changé.
Elle était restée une fille de riche, et moi, un privé
sans grande envergure.
A la différence qu'aujourd'hui, elle était morte, et,
à en croire le journal, pas de la plus belle façon.
Son corps avait été découvert, tôt ce matin,
dans le pavillon qui lui servait de résidence, au milieu de la
propriété familiale, située dans les quartiers
résidentiels de l'ouest de la capitale, sur les bords du fleuve.
Elle avait sans doute été malmenée ou agressée,
avant d'être étranglée; elle s'était battue
avant de succomber, et plutôt bien si l'on en croyait l'état
des lieux.
Elle était rentrée chez elle vers minuit. Le décès
avait du subvenir peu de temps après.
Le reste du papier était consacré à la vie tumultueuse
de la petite fille gâtée, habituée à casser
les décapotables et à briser les amants. Elle s'était
mariée une première fois à dix-sept ans, une seconde
à dix-neuf et une troisième à vingt et un ans.
Le dernier heureux élu en date, n'étant autre que Mark
Rivers, fils de rock'n'roll star, lui-même rock'n'roll star et
acteur, et qui avait abandonné carrière et ambition féminine
sur le parvis de l'église.
Le journal ajoutait que des bruits alarmants, bien que vigoureusement
démentis, courraient depuis plusieurs mois sur l'état
de leur union, ce qui n'empêchait nullement d'autres rumeurs,
de prétendre que la victime était bel et bien enceinte.
L'article se finissait sur un bref rappel de l'enlèvement contre
rançon, dont avait été victime la mère de
Nancy Blondel, quinze ans plus tôt, et qui s'était terminé
de la pire façon, puisque l'argent avait été versé,
la séquestrée exécutée, et les bandits jamais
retrouvés. Famille au destin tragique, concluait le journaliste.
Je m'apprêtais sans vergogne à sauter les feuillets économiques
pour passer directement à la page des sports quand le téléphone
se mit à sonner.
Je pris le temps de boire une gorgée de café et je décrochais.
- Bonjour, je voudrais parler à monsieur Louis De Sprague.
C'était une belle voix grave, bien posée, étudiée,
appartenant sans doute à un homme encore jeune.
- Lui même. A qui ai-je le plaisir ?
L'homme hésita :
- Je voudrais vous rencontrer, c'est à dire, si vous êtes
libre...
La voix gardait ce même ton policé, presque cajoleur, mais
elle montrait moins d'assurance
Faisait-il seulement semblant d'être gêné ?
- Je vais vous donner l'adresse du bureau, passez quand vous voudrez
avant 17 heures...
- Je préférerais que vous veniez me voir...
- Pourquoi pas. Où êtes-vous ?
- Au 53, boulevard des Ormes. Juste avant le champ de course. Pouvez-vous
venir maintenant ?
- Pourquoi pas. Qui dois-je demander ?
- Mark Rivers.