Home | Actu | Biographie | Musique MP3 | Discographie | Boutique | Contacts | Concerts | Presse | Le roman | Le blogue |
Louise Music

louise.music@free.fr

 


LE ROMAN

 

Le polard de Coutin, progressivement et intégralement mis en ligne sur le site.
Ecrivez nous, faites nous part de vos réactions
.

 


QUE LE FOSSE L'ABSORBE
LOUIS DE SPRAGUE, DETECTIVE PRIVE

PATRICK COUTIN

Chapitre I

   

Chapitre II

         

Chapitre III

       

Chapitre IV

           

Chapitre V

       

Chapitre VI

             

Chapitre VII

               

CHAPITRE I (1)
 
"Ils disent que c'est un lundi d'orage"
(Stormy Monday - T. Bone Walker)


sm

Ce n'était pas un lundi de pluie, mais c'était du pareil au même. Il faisait chaud, humide, comme dans un vrai mois d'août, et nous n'avions pas eu autre chose que des vrais mois d'août depuis une bonne décennie.
Tous les ans, je décidais de faire installer la climatisation, dans la pièce lugubre qui me servait de bureau, et, tous les ans, quelque chose arrivait; qui m'empêchait d'aller au bout de mes ambitions.
Jusqu'à ce lundi matin, on pouvait espérer que ce soit pour cette année. J'avais passé l'été à ne pas faire grand-chose, si ce n'est glaner quelques jobs de remplaçant en sécurité dans les grands magasins. Juillet avait été calme. Août s'annonçait mortel.
J'étais arrivé tard au bureau. La boîte aux lettres était vide, le répondeur était vide et mon voisin de palier, gynécologue de son état, avait pris ses quinze jours de congés annuels. Aucune femme ravissante et rougissante d'inquiétude ne frappait plus à sa porte depuis deux semaines.
Je me servais un café, sans prendre la peine de laver le bol de la veille, et, installé dans mon fauteuil de cuir flambant neuf, le seul luxe du lieu, je dépliai le journal. Elle faisait la une, ce qui n'était certes pas à la portée de tout le monde en cette période estivale, mais presque.
Au dessus de la photo souriante d'une jeune femme d'environ 25 ans, le titre s'étalait en lettres aussi grosses que possibles : "Nancy Blondel assassinée - le meurtre atroce et mystérieux de la fille du magnat de l'agro-alimentaire".
J'avais rencontré Nancy Blondel quelques années auparavant. Je lui avais servi de garde du corps, alors qu'elle paradait dans un bal princier, couverte des bijoux de la famille. Je l'avais trouvée riche, cinglée, trop maigre et au final, plutôt attirante.
Je crois qu'elle n'avait rien pensé de moi, à condition même qu'elle se soit aperçue de ma présence. Depuis, pas mal d'eau avait coulé sous les ponts, et malgré les événements et autres anecdotes de la vie, qui, sur le moment semblent si importants, finalement, pas grand-chose n'avait changé.
Elle était restée une fille de riche, et moi, un privé sans grande envergure.
A la différence qu'aujourd'hui, elle était morte, et, à en croire le journal, pas de la plus belle façon.
Son corps avait été découvert, tôt ce matin, dans le pavillon qui lui servait de résidence, au milieu de la propriété familiale, située dans les quartiers résidentiels de l'ouest de la capitale, sur les bords du fleuve.
Elle avait sans doute été malmenée ou agressée, avant d'être étranglée; elle s'était battue avant de succomber, et plutôt bien si l'on en croyait l'état des lieux.
Elle était rentrée chez elle vers minuit. Le décès avait du subvenir peu de temps après.
Le reste du papier était consacré à la vie tumultueuse de la petite fille gâtée, habituée à casser les décapotables et à briser les amants. Elle s'était mariée une première fois à dix-sept ans, une seconde à dix-neuf et une troisième à vingt et un ans. Le dernier heureux élu en date, n'étant autre que Mark Rivers, fils de rock'n'roll star, lui-même rock'n'roll star et acteur, et qui avait abandonné carrière et ambition féminine sur le parvis de l'église.
Le journal ajoutait que des bruits alarmants, bien que vigoureusement démentis, courraient depuis plusieurs mois sur l'état de leur union, ce qui n'empêchait nullement d'autres rumeurs, de prétendre que la victime était bel et bien enceinte.
L'article se finissait sur un bref rappel de l'enlèvement contre rançon, dont avait été victime la mère de Nancy Blondel, quinze ans plus tôt, et qui s'était terminé de la pire façon, puisque l'argent avait été versé, la séquestrée exécutée, et les bandits jamais retrouvés. Famille au destin tragique, concluait le journaliste.
Je m'apprêtais sans vergogne à sauter les feuillets économiques pour passer directement à la page des sports quand le téléphone se mit à sonner.
Je pris le temps de boire une gorgée de café et je décrochais.
- Bonjour, je voudrais parler à monsieur Louis De Sprague.
C'était une belle voix grave, bien posée, étudiée, appartenant sans doute à un homme encore jeune.
- Lui même. A qui ai-je le plaisir ?
L'homme hésita :
- Je voudrais vous rencontrer, c'est à dire, si vous êtes libre...
La voix gardait ce même ton policé, presque cajoleur, mais elle montrait moins d'assurance
Faisait-il seulement semblant d'être gêné ?
- Je vais vous donner l'adresse du bureau, passez quand vous voudrez avant 17 heures...
- Je préférerais que vous veniez me voir...
- Pourquoi pas. Où êtes-vous ?
- Au 53, boulevard des Ormes. Juste avant le champ de course. Pouvez-vous venir maintenant ?
- Pourquoi pas. Qui dois-je demander ?
- Mark Rivers.

Suite

Haut de page